Les pushers déguisés en clown
On est la semaine dernière. L’après-midi. Le soleil est plus lourd que
la chaîne télé parlementaire. Je fais mes petits lancers sur le terrain
de basket de l’école Pierre-Marquette. Des jeunes du secondaire jouent à
l’autre bout. Quelques-uns viennent jouer avec moi. Ils m’appellent
monsieur, ça me fait rire.
Un moment donné, un genre de Jeep roule sur le gazon et arrive direct sur le terrain. Un gars et une fille, bien cools et beaux, en sortent. «Qui veut du Dr Pepper?» Tout ce qu’il y a de jeunes dans le parc accourt comme des gazelles affamer vers la jeep. Des deux litres de Dr Pepper gratis se font donner. Une photo est prise avec les jeunes heureux, leur nanane à la main.
La semaine avant cet événement, j’étais encore au même terrain, mais c’était plus tranquille. Les jeunes étaient à l’école. Pendant que je jouais seul contre mon ombre, deux policiers sont venus à côté du terrain. Trois jeunes, genre 17-18 ans, étaient assis sur un banc de parc. Un des jeunes s’est fait fouiller, les deux mains sur l’auto de police. Le policier cherchait sûrement du pot. Le gars n’avait rien.
Je suis peut-être officiellement un monsieur. À 14 ans, j’aurais couru comme un déchaîné pour avoir mon deux litres de Dr Pepper. J’en aurais même caché un, puis je serais revenu avec un air piteux : «J’en ai pas eu madame.»
Je connaissais les trucs. Mais là, je connais trop la game. Du pusher commercial, c’est légal, mais tout aussi sale.
Que ce soit un pusher qui fait fumer gratis pour la première fois ou un représentant cool qui donne gratis un produit X, c’est pareil. Sous les apparences de gentillesse et de générosité, y’a un hameçon rouillé qui souhaite t’accrocher. De la sollicitation entre adultes, ça va. Mais directement aux enfants? Ça va pas du tout.
La police est un beau reflet de notre société. Ce qu’elle interdit ou accepte, c’est pas mal ce que la société interdit ou accepte. La journée où des policiers vont interdire que ce genre d’incitation
à la consommation vise les enfants, on aura fait un solide pas en avant. Lentement, mais surement, comme ils disent. Comme moi qui essaie de jouer au basket…
Maudit que j’suis pu en forme! Trop de McDo…
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.