Donnons donc des dons

Bon, finis les gants blancs. Les politesses, les svp, les images touchantes. C’est aujourd’hui la Grande Guignolée des médias; ça prend des dons, donc, donnons!

On s’en sacre pourquoi. Pour notre bien-être personnel, pour impressionner une fille, pour faire baisser nos impôts, pour montrer l’exemple à nos enfants, pour nous donner bonne conscience le reste de l’année, aucune importance. Il faut donner!  

Je me fiche de savoir que le comédien d’un téléroman quelconque «j’braille plus que toé» participe à la Grande Guignolée des médias pour son image. Le ti-monsieur qui va recevoir sa «canne de binnes» s’en sacre encore plus que moi : qu’elle vienne du cour ou du frais chié, elle bourre pareil. C’est le temps de la surabondance, du gaspillage. Combien de soupers de Noël vont se terminer avec cinq tonnes de restants? Cette année, je ne veux pas manger de la tourtière pendant tout le mois de janvier, alors donnons!

La crise économique cause des pertes d’emplois; donc, plus de gens sont dans le besoin. Probablement des gens qui avaient de bons emplois, qui donnaient chaque année. Maintenant, ils ont besoin d’aide à leur tour. Alors, ceux qui ont la chance d’avoir un emploi et un peu de sous, ben go! Donnez. C’est plus que le temps des fêtes, c’est le temps des frères. C’est le temps de l’année où on se regarde l’un l’autre, où on vérifie que tout est beau, comme lorsqu’on reçoit de la visite : «As-tu soif, as-tu faim? As-tu chaud, as tu frette? Veux-tu une chaise? Un toaster? Un paquet de couches? Un slinky?» Le classique, quoi.

Donnons, maudit caline! Faites déborder les entrepôts de paniers de Noël. Je veux voir des bénévoles avec des dos barrés parce qu’ils ont trop soulevé de boîtes de nourriture. Donnez tellement que l’an prochain on ne verra plus la publicité de la Grande Guignolée des médias avec la femme seule à l’épicerie qui passe des aliments imaginaires. Quand elle lève les yeux, son regard me donne un coup de hache dans la gorge. Elle a plus que faim, elle a honte. On ne peut peut-être pas soulager la dignité avec un morceau de pain, mais c’est plus facile de marcher droit quand on n’a pas l’estomac dans les talons.

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.