La perte d'un bon soldat
Monique Jérôme-Forget aura d’abord été un bon soldat de Jean Charest. Elle quitte pourtant la politique seulement quatre mois après avoir été réélue. Quatre mois de trop. Mère de la loi sur l’équité salariale, elle quitte sans avoir complété ou livré plusieurs autres projets qui lui étaient chers, dont celui de la réingénierie de l’État.
Instigatrice des rapports Montmarquette et Castonguay, elle n’a pu faire triompher sa vision des choses au sein de son équipe. Le dernier cadeau qu’elle se sera fait sera d’avoir instauré trois grands chantiers, dont un sur les tarifs. Responsable des infrastructures, elle quitte avec un bilan incomplet en matière de PPP. Elle aura dû mener une bataille au sein même du gouvernement.
Dans l’opposition, elle avait, entre autre, fait sa marque en dénonçant le Montréal Mode, une initiative de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Jour après jour, elle tenait le gouvernement responsable pour un gouffre financier de 30 M$. Une fois ministre, elle aura pourtant tenté de se distancer des pertes de la Caisse de dépôt et de la crise du papier commercial.
Il y a certes la conjoncture, mais l’on peut croire que son dernier budget n’aura pas été son plus haut fait d’armes. Elle a renoué avec le déficit quand elle affirmait avoir assez d’argent dans sa sacoche pour l’éviter. Elle a annoncé une hausse de la TVQ quand elle avait dit haut et fort avoir besoin de ces sous pour magasiner. En bon soldat, elle aura changé de cap pour accommoder le premier ministre. On pouvait apprécier son franc-parler, elle a pourtant dû manouvrer ces derniers mois en prenant des positions qui ne lui ressemblaient pas. Elle avait débuté son mandat en nous donnant l’impression qu’aime, aime pas, elle allait faire ce qu’elle avait à faire. Elle le termine en servant de paratonnerre à un gouvernement et à un premier ministre qui en a bien besoin.
Comme les absents ont toujours tort, il y a fort à parier qu’on tentera de lui faire porter le chapeau. Pendant ce temps, elle fera ce dont elle avait vraiment envie : passer du temps avec les siens et profiter de la vie. On se rendra compte qu’il s’agit d’une grosse perte pour Jean Charest, qui perd un bouc émissaire, mais surtout un bon soldat et une femme de tête.