De Mars à la Terre en 520 jours
Ils ont passé 520 jours pour se rendre sur Mars et revenir sur Terre. Aujourd’hui, les astronautes de l’Agence spatiale européenne vont terminer leur mission. Leur expérience de simulation va aider la planification des futures missions sur la planète rouge.
«La première chose que je vais faire, c’est de sortir à l’extérieur, prendre une grande bouffée d’air frais et me laisser réchauffer par le soleil», indique Romain Charles, qui sera de «retour sur Terre» aujourd’hui. Même si Moscou – l’endroit où il «atterrira» – n’est pas vraiment ensoleillé à cette période de l’année, l’astronaute ne s’en formalisera pas, puisqu’il a passé les derniers 520 jours isolé dans une capsule, loin du soleil.
Romain Charles, un Français de 31 ans, et Diego Urbina, un Italien de 26 ans, sont le noyau de l’équipage de Mars500. Le 3 juin 2010, ils ont entamé, une mission simulée vers Mars pilotée par l’Agence spatiale européÂenne (ASE) dans la capiÂtale russe. «Il n’y a pas vraiment eu d’impacts extrêmes sur notre corps, mises à part les effets du manque d’ensoleillement sur notre peau ou la détérioration de notre condition physique, car il était difficile de bouger dans la petite capsule», explique M. Urbina, dans un courriel transmis par l’ASE. «Pour le moment, tout est assez subtil, mais on pourra sûrement faire la lumière sur d’autres effets, avec les tests post mission, poursuit-il. Des impacts gastro-intestinaux ou un affaiblissement du système immunitaire, par exemple.»
Même si les deux astronautes n’ont pas quitté réellement Moscou, leur voyage est d’une importance capitale pour l’ASE. «L’homme n’est pas allé plus loin que la Lune. Ce genre de mission dure une semaine, note l’astronaute de l’ASE, Christer Fuglesang. Aller sur Mars prendrait 18 mois. Les résultats de Mars500 vont être gardés précieusement. Nous en avons appris davantage sur les effets psychologiques liés à une telle mission et sur la dynamique entre des membres d’équipage qui sont ensemble longtemps et dans un petit espace.»
Romain Charles et Diego Urbina étaient accompagnés de trois équipages différents qui se sont relayés. Les astronautes ont réalisé des expériences scientifiques, ont fait pousser de la nourriture et ont simulé des sorties sur Mars. Le tout, en restant en contact avec les contrôleurs de la mission.
La communication est d’ailleurs un élément clé de la mission. Lors d’un voyage à 400 millions de kilomètres de la Terre, il sera crucial de trouver des habitudes de communication. Il faudra aussi savoir exactement ce que les astronautes devront avoir en leur possession à bord. «Les astronautes recyclent déjà leurs déchets, explique M. Fuglesang. Si on va sur Mars, il faudra recycler encore davantage. On pourrait, par exemple, capter le dioxyde de carbone de l’haleine des astronautes.»
Après l’expérience de la mission Mars500, les agences spatiales pourront planifier une vraie mission sur la planète rouge. La technologie pour s’y rendre existe. Mais il reste à voir si les gouvernements voudront financer une telle aventure.
Combattre l’ennui
Romain Charles, Diego Urbina et trois équipages rotatifs ont vécu pendant 520 jours comme de vrais astronautes en mission vers Mars. Il y avait donc du temps à combler. «Ça peut devenir ennuyant facilement, indique Diego Urbina. Les communications, quand nous étions loin de la Terre, n’étaient pas en direct. Contrairement à la Station spatiale internationale, impossible de se connecter à l’internet ou de faire des appels vers la maison.» Les membres de l’équipage ont plutôt lu, joué de la musique et écouté des films. «Une de nos activités préférées était de jouer à des jeux vidéo sur l’ordinateur.»
Métro s’est entretenu avec Gilles Clement, professeur à l’International Space University.
Quel est le but de la mission Mars500?
C’est une expérience pour voir comment les astronautes réagiraient physiquement et mentalement à une mission de 18 mois vers Mars. Voir les effets d’un tel isolement sur l’alimentation et la santé par exemple. Avant de monter une vraie mission vers Mars, il faut s’assurer que nous avons pensé à tout.
Pourrions-nous aller sur Mars maintenant?
Oui. La technologie n’est pas très différente d’une mission vers la lune. Le problème, c’est que c’est très long pour s’y rendre. Des astronautes ont passé 6 mois dans la Station spatiale internationale, mais jamais 18 mois. Il faut aussi savoir comment nous pouvons s’adapter aux délais de communication de 20 minutes depuis Mars. Cela pourrait être problématique si un astronaute doit attendre 40 minutes pour avoir l’avis d’un médecin sur Terre.