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17:24 17 février 2016 | mise à jour le: 17 février 2016 à 21:39 Temps de lecture: 4 minutes

Saint-Denis: Un pas en avant, deux pas en arrière

Saint-Denis: Un pas en avant, deux pas en arrière
Photo: Jean Beaudoin

La rue Saint-Denis a reçu énormément d’attention, ces derniers mois, en raison de l’important chantier qui approche à grands pas sur le Plateau pour reconstruire les infrastructures souterraines.

Les craintes des commerçants ont été amplement exposées, et les mesures de mitigation, comme la Grande Terrasse rouge, ont fait beaucoup jaser. Mais pendant qu’on s’attardait au pré-chantier et au chantier lui-même, on a semblé oublier l’essentiel : sa reconstruction.

«La rue sera reconstruite à l’identique, ou presque, me confirme la conseillère d’arrondissement Marie Plourde, qui a suivi le dossier de très près et qui est membre du conseil d’administration de la société de développement commercial du secteur. On aimerait bien dire aux commerçants que ça vaut la peine de se serrer les dents cette année parce que le projet sera formidable après. Mais non, on n’a rien à leur proposer, sauf des bordures de trottoir en granit et de nouveaux lampadaires.»

Mme Plourde aurait souhaité une consultation en amont aussi ambitieuse que celle entreprise l’an dernier pour la rue Sainte-Catherine. Et elle a raison. À voir les commerces mourir les uns après les autres, une réflexion plus approfondie s’imposait, notamment sur la pertinence de conserver une autoroute à six voies dans un quartier aussi dense. La chirurgie urbaine à cœur ouvert qu’on réalisera au cours des prochains mois aurait dû être le point de départ d’une mutation pour Saint-Denis vers le transport actif et collectif.
Même son de cloche du côté de l’architecte Jean Beaudoin, auteur de la Grande Terrasse rouge, qui a analysé de fond en comble l’artère commerciale (son histoire, sa configuration, ses commerces) au cours de la dernière année. «La rue a besoin d’être redéfinie, explique-t-il. Les commerçants ont besoin de retrouver un achalandage, et ça passe par une échelle plus humaine. Il faut redonner le goût aux gens de marcher sur la rue Saint-Denis, de Laurier jusqu’à Berri-UQAM.»

L’architecte a d’ailleurs présenté à la Ville, il y a trois semaines, son propre concept de réaménagement, qui mise sur un élargissement des trottoirs, un corridor rapide pour bus et une piste cyclable sécurisée. «La mobilité doit être repensée, poursuit-il. Il faut briser le mythe que la majorité des clients des commerces viennent en voiture, et on doit commencer à penser à faciliter les déplacements de ceux qui habitent le quartier.»

À la Ville, le responsable des infrastructures au comité exécutif, Lionel Perez, indique qu’un comité de réflexion a été mis sur pied avant Noël pour réfléchir à l’avenir de Saint-Denis. La réflexion se tient cependant parallèlement au chantier actuel. «Avant de faire des changements sur seulement un ou deux tronçons, il faut savoir comment ça va affecter tous les tronçons jusqu’au nord [de la ville]. Il y a des éléments de transport en commun, de stationnement et d’aménagement [à considérer].»

C’est vrai, mais pourquoi avoir attendu à la dernière minute pour mettre sur pied un tel comité? Le chantier n’est pas apparu subitement dans les cartons de la Ville: on le sait depuis des années qu’on doit reconstruire ces infrastructures. Or, dans le scénario actuel, les commerçants devront subir les contrecoups d’un premier chantier cette année, et possiblement d’un second si on décide de revoir le partage de la route au terme de la réflexion du nouveau comité.

Si j’étais un commerçant, je voudrais fuir.

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