La cohabitation entre la minorité ouigoure et la majorité han en Chine est insupportable, dit Rebiya Kadeer

Alexandra Bogaert - Métro France

Les tensions entre la minorité chinoise ouigoure et la majorité han ont éclaté au grand jour en juillet lorsque les deux groupes ethniques se sont livrés à de violentes émeu­tes dans la province du Xinjiang. Ces événements sont le résultat d’années de tensions, rappelle la présidente du Congrès mondial ouigour, Rebiya Kadeer, qui représente les membres de sa communauté en exil.

Comment vit la population depuis les manifestations interethniques de juillet?
Depuis le 5 juillet, les Ouigours vivent dans la peur. Ils n’ont plus de liberté de parole, ils ont même peur de sortir pour faire leurs courses. Ils sont isolés : le téléphone et l’accès à l’internet ont été coupés. Nous avons perdu la trace de jeunes Ouigours.

Comment expliquer cette répression des Hans à l’égard des Ouigours?
En 1955, les Chinois ont accordé son autonomie à notre région, le Xinjiang. Mais cette autonomie n’existe que sur papier. Notre région est la plus riche de Chine : les sols regorgent de gaz et d’uranium. Malgré cela, la grande majorité des Ouigours sont indigents. Ce sont les Chinois qui possèdent les terres. Pendant des années, nous avons essayé de cohabiter pacifiquement avec eux, mais Beijing ne nous laisse d’autres choix que l’assimilation forcée ou l’extermination systématique. Notre situation est proche de celle des Tibétains.

Comment se traduit cette hégémonie que vous dénoncez?

En 1949, les Hans ne représentaient que 6 % de la population du Xinjiang. En 2000, ils composaient 40 % de la population. Je suis persuadée qu’aujourd’hui, ils sont majoritaires, mais que Beijing truque les statistiques pour le cacher. Ces colons possèdent tous les droits et privilèges. Ils ont accès aux meilleurs postes, aux meilleurs logements. Ils s’installent chez nous pour nous prendre tous nos biens et, à terme, se débarrasser de nous. Tous les moyens sont bons pour nous persécuter. Depuis 2001, le gouvernement utilise même notre foi – nous sommes musulmans – contre nous. Quand un Ouigour est arrêté, il est systématiquement torturé pour qu’il avoue des méfaits qu’il n’a pas commis.

Votre peuple craint de perdre son identité. Pourquoi?
Il est inscrit dans la loi chinoise que, dans une région autonome, la langue régionale a le même statut que la langue chinoise officielle, que les peuples indigènes ont le droit de développer leur culture et que les colons doivent rester minoritaires. Mais les enfants n’ont plus le droit de parler ni d’apprendre l’ouigour (langue turque, NDLR) à l’école depuis 2003. Les Ouighours sont soumis au hashar, le travail forcé. Chaque année, pendant les trois mois d’hiver, les fermiers doivent effectuer des travaux  pour l’armée chinoise. Ils ne sont ni payés, ni logés, ni nourris. On ne demande jamais aux Hans de faire le hashar.

De plus, depuis 2006, 400 000 jeunes Ouigoures célibataires ont été transférées de force vers les provinces de l’est de la Chine, où elles travaillent dans des sweat shops. Les émeutes de juillet ont un lien direct avec cette politique d’éloignement : des Hans ont tué plusieurs de ces jeunes femmes et les Ouigours ont réagi en manifestant, ce qui a entrainé la sévère répression que l’on connaît. Depuis, la haine est montée d’un cran.

Que peut faire le gouvernement du Xinjiang pour changer cette situation?
Seul le président du gouvernement est ouïghour – les autres sont tous Chinois – , et c’est une marionnette à la solde du pouvoir central.

Que demandez-vous?
Que les Chinois respectent notre autonomie et nos droits, qu’ils cessent les arrestations et les exécutions arbitraires, qu’ils créent les conditions pour que les Ouigours et les Chinois vivent en paix.

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