Histoire d'urgences
Avoir vécu deux urgences en un mois n’est pas évident, mais avoir décidé d’aller, la deuxième fois, dans un hôpital «anglophone» pour être mieux servi, c’est impensable.
Je vis à Montréal depuis 2006 et la première fois où j’ai passé une nuit à l’urgence, ce fut en 2007 à l’hôpital Saint-Luc. J’avais été ravi de l’expérience.
En 2010, un autre besoin se présente, sauf que l’expérience n’a pas été pareille. Ce jour-là, mon médecin de famille m’a demandé, vers 16 h, d’aller à l’urgence pour voir un ophtalmoÂlogue. À Saint-Luc, il m’a fallu rester dans la salle jusque vers minuit, sans rencontrer le fameux spécialiste. On m’a demandé d’attendre encore 5 heures. La durée, en urgence, pour être vu par un ophtalmologue est donc de 12 heures, suffisante pour traverser deux continents par avion, sans pouvoir quitter sa place, même pour aller manger, sinon le dossier est fermé. Pendant l’attente, on est forcé d’observer toutes sortes de cas, qui nous montrent les problèmes flagrants de la société.
C’est un journaliste qui m’a conseillé d’aller plutôt dans un hôpital «anglophone», et j’ai trouvé son conseil judicieux, car je suis déjà allé à l’hôpital juif, où j’ai eu la chance de recevoir un service de qualité, par une équipe dévouée et motivée. Il est à noter que dans ce cas, l’achalandage était réduit, vers 6 h.
Il est sage de prendre conscience que la perforÂmance d’un hôpital peut nettement changer selon sa culture organisationnelle, plutôt que linguistique. Ce n’est pas la langue qui change la qualité, car le savoir-faire change en fonction du «savoir être» des ressources humaines, quelle que soit leur origine.
– Ibrahim Bruno El-Khoury