La grève du ventre pour sauver la planète?
Le 1er septembre 2010, James J. Lee est abattu dans les locaux de la chaîne de télé Discovery après avoir pris en otages plusieurs employés. Ce militant écologiste déséquilibré se plaignait depuis longtemps que la chaîne TLC (qui appartient à Discovery) diffusait deux séries de téléréalité (Kate plus Eight et 19 Kids and Counting) qui faisaient d’après lui la promotion des familles nombreuses. M. Lee comparait toute nouvelle naissance à de la pollution.
Le geste de James J. Lee pourrait relever de l’anecdote si la même rhétorique n’était pas reprise (toutes proportions gardées) par certains politiciens. Ainsi, le député écologiste français Yves Cochet proposait en avril 2009 que les aides familiales soient réduites à partir du troisième enfant, comparant le coût écologique d’un enfant européen à 620 trajets Paris-New York. D’après bien des écologistes, l’augmentation prévue de la population sera insoutenable pour les ressources de la planète (eau, pétrole, production agricole…). Si le monde entier consommait autant que les Occidentaux, il faudrait exploiter quatre planètes pour répondre aux besoins.
Sans être aussi alarmiste, le Fonds des NaÂtions unies pour la population (UNFPA) souligne diplomatiquement l’importance d’agir. Dans sa dernière édition de l’État de la population mondiale 2009, on peut lire : «Prévenir les grossesÂses non reÂcherÂchées pourrait contribuer à stabiliser la population à long terme et contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans l’avenir.»
«Bien sûr, limiter la fécondité dans les pays du sud peut avoir un impact, mais c’est compliqué et lointain en termes de résultats. À court et à moyen terme, il faut changer notre façon de consommer», croit Thomas Legrand, professeur au département de démographie de l’Université de Montréal. À ce sujet, les gouvernements ont un rôle à jouer. «Au Québec par exemple, il faudrait doubler le prix de l’essence et subventionner l’agriculture biologique au lieu de l’industrie porcine, bref réellement appliquer le principe du pollueur-payeur, mais aucun politicien n’a le courage de le faire», déplore-t-il.
Mais selon d’autres démographes, le scénario catastrophe n’aura pas lieu. Déjà au XIXe siècle, Malthus s’était trompé en prévoyant que la terre ne pourrait nourrir qu’un milliard d’habitants et en en concluant que les guerres et les épidémies étaient salvatrices. Au fur et à mesure que les pays en développement accèdent à plus de richesse, le taux de fécondité baisse naturellement, relâchant ainsi la pression démographique, croient-ils. «Nous sommes passés dans le monde, en l’espace de 50 ans, d’une forte fécondité avec 5 enfants par femme à 2,7 actuellement», déclarait en 2009, le démographe Henri Leridon, au journal Le Monde.
À lire aussi: Les non-parents dans la caméra de Magenta Barbeau