La religion, sujet électoral de choix aux États-Unis
Le marché public au pied de l’hôtel de ville de Burlington est très populaire le samedi matin. Certains Vermontois, café à la main, et d’autres, en train de manger une pomme, réfléchissent à la place que devrait occuper la religion sur la scène politique. «Il faut absolument séparer religion et État, c’est essentiel», croit un groupe d’étudiants de l’Université du Vermont. «Il faut en parler, cela concerne tout le monde», estime plutôt un couple venu de l’État voisin de New York.
La religion a été au centre de diverses polémiques depuis le début de l’année aux États-Unis. Polémiques dans lesquelles le gouvernement a dû intervenir. Au début, c’est la construction de ce centre islamique à proximité du site de Ground Zero, à New York, qui a fait jaser. En réaction, un pasteur de la Floride a menacé de jeter un Coran dans les flammes. Une menace qui a été prise très au sérieux par les autorités américaines.
À l’instar de la communauté de l’imam Faisal Abdul Rauf, à Manhattan, la Islamic Society of Vermont aimerait bien qu’un centre culturel musulman, incluant une mosquée et des salles de classe, voit le jour près de Burlington. Le porte-parole de l’organisme, Muhaideen Batah, est Palestinien de naissance et Américain de nationalité. Il porte un chandail confectionné par son fils, qui représente le drapeau de son pays d’origine, accompagné des mots Imagine et Peace.
L’épisode de l’autodafé du Coran, Muhaideen Batah en a abondamment entendu parler. Il conserve sur son téléphone cellulaire le message laissé par un citoyen, outré par les projets du pasteur, qui explique pourquoi la liberté de religion occupe une place de choix chez les habitants du Vermont. «Les gens ici sont respectueux, explique le porte-parole de la Islamic Society of Vermont, ils sont ouverts aux différentes pratiques religieuses.»
Cette tolérance religieuse est répandue au Vermont. Bob Kiss, le maire progressiste de Burlington, tient en estime ce respect des religions. «Au Vermont, il y a une forte indépendance, une mentalité de laisser les gens faire ce qu’ils veulent». Et la diversité des religions? Elle est essentielle, selon Bob Kiss. Le mois dernier, des écoles de la ville de Burlington ont autorisé deux nouveaux jours de congé à l’horaire : les fêtes religieuses des étudiants de confession juive et musulmane. Si la décision n’a pas fait l’unanimité, elle a été plutôt bien reçue dans la ville et ses environs. «C’est une forme de progrès, explique le maire de la plus grande ville de l’État. Cela démontre que notre population n’est pas uniquement chrétienne.»
Le danger, avec le mélange parfois détonant de religion et de politique, est «l’utilisation d’arguments généralisateurs par certains politiciens», estime Bob Kiss. Si depuis le 11 septembre 2001, l’Islam a pu être instrumentalisé par des politiques américains, certains musulmans aussi l’utilisent à des fins stratégiques, explique Muhaideen Batah. «La majorité des extrémistes islamistes manipulent le Coran pour appuyer leurs actes. Ils ne se servent que des extraits qui leur sont utiles.»
Même si le pasteur floridien n’a pas brûlé son exemplaire du Coran et que la poussière retombe autour de cet épisode fortement médiatisé, la religion demeure un enjeu toujours présent dans un pays où la majorité des disÂcours politiques s’achèvent sur les mots «God bless America».
La religion éloigne des vrais débats
Ce n’est pas tant le voile ou la croix qui sont un enjeu majeur des élections de mi-mandat au Vermont, mais bien l’emploi. «Je pense que la crise du pasteur en Floride nous a éloignés des vrais débats», affirme un passant près de l’hôtel de ville de Burlington. Bien que les questions religieuses soient importantes aux États-Unis, les Vermontois sont plutôt clairs : l’enjeu principal de la campagne électorale devrait davantage être l’emploi. Le porte-parole local du Tea Party, Jon Wallace, en fait l’un de ces chevaux de bataille, «on veut de l’emploi», exige-t-il. Dans les camps républicain et démocrate, la création d’emplois est aussi une promesse récurrente dans les discours.