Billy Elliot : danser pour faire tomber les préjugés
Pour l’actrice new-yorkaise Janet Dickinson, Billy Elliot : The Musical, qui sera présentée à Montréal dès mardi, fait écho au parcours de nombreux garçons. En entretien avec Métro, elle nous explique pourquoi.
«Le spectre de la comédie musicale s’élargit considérablement. Même si certaines villes n’ont pas le même rapport avec la culture de Broadway, les spectateurs sont de plus en plus ouverts aux pièces un peu moins traditionnelles. Ils veulent être divertis!» lance l’actrice Janet Dickinson, une habituée des scènes de Broadway et d’off-Broadway, lorsqu’on la joint à Austin, en pleine tournée de Billy Elliot : The Musical.
Et à Montréal non plus, on n’échappe pas à cette vague d’enthousiasme pour les numéros de «song-and-dance» à grand déploiement. En novembre dernier, Mary Poppins a été présentée dans la métropole. Dans quelques semaines, ce sera au tour de Rock of Ages. Et dès demain, les spectateurs pourront découvrir la comédie musicale Billy Elliot, une production inspirée de l’excellent film de Stephen Daldry (The Hours, The Reader).
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Janet Dickinson, qui foulera les planches de la Place des Arts cette semaine, y campe le rôle de Madame Wilkinson, une prof de ballet rigoureuse mais attentionnée, qui reconnaît sur le champ le talent du jeune Billy (incarné par l’acteur Jamie Bell au grand écran), un garçon qui suit son cours de danse en cachette. Wilkinson l’encourage à s’épanouir et à quitter le bled ouvrier de Durham Coalfield, ville minière du nord-est de l’Angleterre, pour réaliser ses plus grands rêves.
«Ce qui est formidable, c’est que je connais cette femme, je l’ai déjà eue comme professeure», affirme Dickinson, qui a elle-même suivi des cours de ballet dans une petite ville du Minnesota, avant de s’installer à New York pour lancer sa carrière. «Elle est cynique, sa vie jusqu’à présent est décevante, et elle se retrouve cloîtrée dans cette petite ville où les occasions se font rares. Lorsqu’elle constate la passion et le potentiel de Billy, ça l’inspire énormément. Avec beaucoup de persévérance, elle l’aide à obtenir l’appui d’une communauté aux idées arrêtées.»
Daldry a lui-même adapté son film avec Elton John aux commandes musicales et Peter Darling aux chorégraphies. Le spectacle, encensé par la critique internationale et récipiendaire de 10 Tony Awards en 2009, a déjà conquis quelque huit millions de spectateurs. L’histoire nous plonge en 1984, au cœur de l’ère Thatcher, alors que le pays traverse une grève historique des mineurs. Le personnage de Billy, prêt à tout pour réaliser son rêve, doit composer avec les regards désapprobateurs et l’attitude homophobe d’une ville industrielle en crise, à commencer par son père et son frère mineurs.
«Le contexte est parfait : une petite ville minière. Impossible de trouver plus macho que ça! affirme Dickinson. Billy choisit de se battre contre vents et marées, ce que très peu de garçons auraient fait à l’époque.»
Bien que les mœurs et notre conception de la masculinité aient beaucoup évolué depuis l’époque de Thatcher, notamment avec des téléréalités qui soulignent la virtuosité de jeunes danseurs, Dickinson croit que la pièce n’a rien perdu de sa pertinence. «On a fait énormément de chemin en peu de temps. À entendre les réactions du frère et du père de Billy, qui voulaient lui interdire le ballet de peur que le voisinage pense qu’il est gai, ce genre de raisonnement est moins courant aujourd’hui. Mais il y a toujours bien des gens qui refusent de souscrire au profil de l’homme plus moderne, et des pièces comme Billy Elliot ont le pouvoir de confronter ces gens entêtés. C’est peut-être un peu simpliste, tout ça, mais c’est aussi très vrai.»
Billy Elliot : The Musical
À la salle Wilfrid-Pelletier
De mardi à dimanche