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Sébastien Pilote, Gilbert Sicotte et Pierre Lapointe: un premier trio

Marc-André Lemieux - Métro

Un Pilote aux commandes
Présenté au dernier Festival de Sundance, le premier long métrage de Sébastien Pilote a provoqué de vives réactions chez nos voisins du sud. Non seulement en raison du climat de morosité économique dans lequel évoluent ses personnages, mais aussi en raison de la justesse avec laquelle le scénariste et réalisateur traduit la psychologie du vendeur, cet être prêt à tout – ou presque – pour écouler sa marchandise. Interprété par Gilbert Sicotte, le héros de Sébastien Pilote ne pense qu’à sortir ses américaines chéries de la cour du concessionnaire automobile où il a passé la majeure partie de sa vie. «Aux États-Unis, on me demandait si j’avais déjà travaillé comme vendeur», dit le cinéaste.

Bien qu’il n’ait jamais œuvré dans ce secteur d’acti­vités, Pilote en connaît un rayon sur la vente de véhicules grâce à son oncle et aux amis de son père, des «vendeurs de la vieille école» dont il s’est inspiré pour construire le personnage de Marcel Lévesque.

«Avant, les vendeurs y allaient avec leur cœur, leur âme, leurs mensonges et leurs drôleries. Ils n’avaient aucune technique précise : ils fonçaient dans le tas, explique-t-il. Les nouveaux vendeurs, on les voit venir. Ils ont des méthodes et des techniques aseptisées qu’ils apprennent en regardant des vidéos.»

Malgré la nature de son sujet, Sébastien Pilote tenait à offrir un film lumineux, avec une pointe d’humour. Le genre de long métrage qui, souligne-t-il, pourrait plaire à ses parents, à ses oncles et à ses tantes. «Je ne voulais pas faire un film noir, précise-t-il. Je sais que ce n’est pas un film pour tout le monde, je sais que ce n’est pas Harry Potter, mais à force de le présenter dans les festivals étrangers, je vois que ça touche les gens. Dans certains pays, des spectateurs en pleurs sont venus me voir après la projection. Ils étaient émus au point de ne plus être capables de parler. Des hommes à la voix cassée par l’émotion.»

Après Los Angeles, San Francisco et Rio de Janeiro, Sébastien Pilote s’apprête à traverser l’Atlantique puisque au cours des prochai­nes semaines, Le vendeur sera présenté dans des festivals en Allemagne, en France, en Italie, en Grèce et en Inde. Il profitera de cette tournée pour se «bâtir une réputation à l’international» et travailler à l’écriture de son prochain film, Le démantèlement. Il y brossera le portrait d’un fermier qui procède à la vente de tous ses biens pour aider financièrement ses deux filles qui habitent en ville. «C’est une histoire de sacrifice : un homme qui s’enterre lui-même pour donner de l’argent à ses enfants.»

Échos de Jean-Paul Belleau
Gilbert Sicotte ose une comparaison entre Marcel Lévesque, le héros du Vendeur, et Jean-Paul Belleau, l’infidèle notoire qu’il incarnait à la fin des années 1980 dans Les dames de cœur : «Belleau aimait charmer les femmes. Il savait quoi leur dire pour leur faire plaisir… un peu à la manière d’un vendeur. Parce qu’une bonne partie de ce métier-là est basée sur la séduction.»

Gilbert Sicotte a goûté à sa propre médecine dans les semaines qui ont suivi le tournage du long métrage. «J’ai dû changer de voiture l’année dernière. J’avais un sentiment de déjà-vu chaque fois que j’entrais chez un concessionnaire automobile! raconte-t-il. Je savais exactement ce que le vendeur allait faire. C’était étrange comme sensation.»

Pierre Lapointe en mode collaboration
Pierre Lapointe carbure aux collaborations depuis quelque temps.

On n’a qu’à penser au Conte crépusculaire qu’il a présen­té à la Galerie de l’UQAM en mai dernier avec le sculpteur David Altmejd. Ou encore à l’installation qu’il s’apprête à dévoiler au Musée des beaux-arts de Montréal. Fruit de son travail avec l’architecte Jean Verville, elle fera partie de l’exposition Big Bang, qui s’ouvre dimanche. «J’ai la chance de travailler avec des artistes de talent, de les écouter penser, de sonder leur âme… Je serais niaiseux de ne pas en profiter, dit l’auteur-compositeur-interprète de 30 ans. Je me suis créé une école alternative… Comme si j’étais un enfant et que, chaque semaine, un nouveau prof venait m’apprendre des trucs.»

Sa contribution au film Le vendeur s’inscrit dans cette mouvance. Avec son complice Philippe Brault, Pierre Lapointe plonge dans l’univers de Sébastien Pilote. Il ne s’agit pas de la première collaboration entre les deux hommes. En 2007, le chanteur avait permis au cinéaste d’utiliser 25-1-14-14 comme leitmotiv musical dans son court métrage Dust Bowl Ha! Ha!. «Je l’ai appelé à 23 h 30. Au téléphone, je lui ai dit : « Je viens de regarder ton film. Je pleure, je suis sur le cul! Je vais demander à mon
éditeur de t’appeler demain. Tu peux faire ce que tu veux avec mes chansons. »»

Les choses se sont passées différemment pour Le vendeur. Contrairement à la formule habituelle, Pierre Lapointe a commencé à composer la musique avant que les premiers tours de manivelle soient donnés. Chaque jour, il s’installait à son piano et se laissait imprégner du scénario de Pilote pour pondre quel­ques morceaux.

«J’ai travaillé dans les meilleures conditions. Pour une première expérience du genre, je ne pouvais  pas demander mieux, déclare Pierre Lapointe. Je n’aurais pas voulu commencer ça dans une grosse maison de production avec un gros budget, plein de monde qui regarde au-dessus de mon épaule et une tonne de pression.»

Pierre Lapointe a accepté de relever le défi à une condition : pas question qu’on entende sa voix. «Je ne voulais pas que ça devienne : « La musique de Pierre Lapointe sur des images de Sébastien Pilote », dit-il. Il ne fallait pas que ça détourne l’attention de l’objet premier : le film. Ce n’était pas un trip d’ego.»

Pour appuyer ses dires, le chanteur raconte qu’en salle de montage, il encourageait le réalisateur à supprimer certaines pistes musicales qui – selon lui – ne servaient pas le propos de l’œuvre.

«Avant de commencer, j’avais dit à Sébastien : « Si, à mi-chemin, tu vois qu’on ne fait pas l’affaire, tu nous renvoies! » Je fonctionne toujours comme ça… Et c’est quelque chose qui étonne les gens avec qui je travaille. À la fin, tout le monde dit : « C’est drôle… Quand il arrive, il a l’air hyper chiant, mais en fin de compte il est super ouvert. Il est game de tout jeter aux poubelles et de recommencer à zéro. » Et ils ont raison : ça ne me dérange pas. Ce qui compte, c’est le produit final.»

***

Où est la neige?
À l’écran, un grand manteau blanc enveloppe la petite ville mono-industrielle où se déroule l’histoire du Vendeur. Mais en réalité, Sébastien Pilote a trimé dur pour créer l’illusion d’un hiver aride. Car ce n’est pas des flocons, mais bien de la pluie qui tombait sur Dolbeau-Mistassini durant le tournage du film, en février 2010.

«Il mouillait sans arrêt. Le jour, il faisait 15 oC, raconte-t-il. Les gens de la ville nous ont amené 40 camions de neige durant le tournage. On a eu droit à une tempête pendant qu’on était là-bas. On s’est dépêchés de faire quelques plans en équipe réduite pendant la journée parce que, rendu le soir, ça s’était déjà transformé en slush!»

Le vendeur
En salle dès le 11 novembre

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