Cauchemar printanier pour Sarkozy
Il porte mal son nom. Du moins pour Nicolas Sarkozy. Le juge Jean-Michel Gentil a jeté un gros pavé dans la mare politique française en décidant d’ouvrir une enquête sur l’ex-président pour «abus de faiblesse» dans l’affaire Bettencourt.
Ce feuilleton politique hypothèque un éventuel retour de Sarkozy à l’Élysée dans quatre ans. François Hollande doit s’en réjouir. Il a déjà plein de cailloux dans ses chaussures présidentielles.
La semaine dernière encore démissionnait son ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, mis en cause dans une affaire de compte bancaire en Suisse. Ce départ va affaiblir un peu plus Hollande, écorché dans tous les sondages.
La mise en examen de Sarkozy n’est pas synonyme de culpabilité. Heureusement, car dans toute enquête judiciaire, il y a la présomption d’innocence.
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Seulement voilà, le sentiment bien ancré en France, mais pas seulement dans ce pays, que les hommes politiques sont «tous pourris» ne fondra pas comme neige au soleil.
Sarkozy, qui avait promis une présidence irréprochable, ne connaîtra pas de printemps politique avec l’affaire Bettencourt, un vrai cauchemar. Mais de quoi s’agit-il au juste?
En 2007, pour financer sa campagne à l’Élysée, il aurait fait plusieurs visites au domicile de la plus riche femme d’Europe. L’héritière de l’empire L’Oréal n’a plus toutes ses facultés depuis 2006. Elle aurait contribué, sans vraiment en être consciente, à la campagne de Sarkozy avec des enveloppes (brunes bien sûr!) bourrées d’argent liquide.
Mis en examen pour «abus de faiblesse» à l’égard de la vieille dame de 90 ans, l’ancien locataire de l’Élysée pourrait être condamné à trois ans de prison et à un demi-million de dollars d’amende. Sarkozy pousse de hauts cris, nie avoir reçu le moindre sou et jure n’avoir jamais rien demandé à la milliardaire du cosmétique.
Le juge Jean-Michel Gentil veut en avoir le cœur net. Sa détermination à poursuivre son enquête ne peut déplaire à l’ex-premier ministre, François Fillon, dont les ambitions présidentielles sont bien connues.
Gentil et Sarkozy sont désormais engagés dans un bras de fer. Le premier devra éviter de tomber dans l’acharnement judiciaire et les pièges politiques. Le second, qui a fait appel, se pose déjà en victime, parle d’injustice et, mâchoires serrées, a dit au juge : «Ne vous inquiétez pas, je n’en resterai pas là!»
Son avenir politique est-il pour autant bouché? Rien n’est moins sûr. S’il y a procès, ce ne sera pas avant quelques années. Le feuilleton Bettencourt va sûrement survivre à la riche héritière et s’ajouter aux autres «affaires» qui ont discrédité la république et augmenté le légendaire cynisme de ses citoyens.