Une journée pour célébrer les disquaires
Créée en 2008 aux États-Unis, alors que le marché du disque était à son plus bas, la Journée des disquaires visait à redonner un peu d’éclat et d’achalandage aux petits disquaires indépendants. Cinq ans plus tard, l’événement est mondial et engendre des millions de dollars de profits pour ces statues de glace, encore debout au milieu du désert.
«Entre 300 et 600 produits exclusifs en vinyle sont créés juste pour nous, les disquaires indépendants, à l’occasion de cette journée», explique Pierre Markotanyos, propriétaire de la boutique Aux 33 tours, située sur l’avenue Mont-Royal.
Les mélomanes et les collectionneurs se précipitent donc dans les boutiques, le troisième samedi du mois d’avril, pour mettre la main sur une de ces copies, qui deviennent rares instantanément.
Le disquaire affirme que l’an dernier, environ 1000 personnes ont franchi les portes de sa boutique lors de cette journée, incluant les centaines de personnes qui faisaient la file à l’ouverture du magasin.
«Cette année, on devrait battre le record», estime celui qui a agrandi sa boutique il y a quelques mois.
Aux 33 tours fait partie de la quarantaine de disquaires indépendants du Québec qui ont survécu à la chute libre des ventes de CD en misant sur les 33 et 45 tours qui, eux, reprennent du poil de la bête depuis une dizaine d’années.
Cette année, Aux 33 tours accueillera également un spectacle en soirée, regroupant sept performances, dont celle d’Alex Nevsky. L’artiste profitera de l’occasion pour lancer un 45 tours comprenant deux nouvelles chansons.
«Ce qui est intéressant avec le retour du vinyle, c’est qu’on vit un renouveau face au culte de l’objet, croit le chanteur. Le CD, c’est rare que tu t’en sers après l’avoir numérisé. Tandis que le vinyle, c’est un objet le fun, tu places l’aiguille, tu le changes de côté… C’est une autre façon d’écouter.»
Toutefois, les ventes de vinyles ont beau monter en flèche depuis quelques années, elle ne représentent que quelques gouttes dans l’océan.
Et comme le reconnaît Alex Nevsky, ce n’est plus avec les ventes d’albums – CD, vinyles ou numériques – que les artistes réussissent à faire de l’argent. C’est plutôt avec les spectacles et les droits d’auteur, ajoute celui qui a manqué de peu l’époque glorieuse où un artiste en vogue vendait plus de 100 000 copies de son album.
«C’est clair que j’aurais aimé être populaire il y a vingt ans! Mais tant que je réussis à vivre de ma musique, je ne peux pas regretter une époque que je n’ai pas connue. Et, de toute façon, je serais sûrement tombé dans la grosse drogue si j’avais fait autant d’argent», lance-t-il en riant.
Le vinyle continuera-t-il sur sa lancée? Sûrement, affirme Alex Nevsky, qui souligne que ce support a survécu à tous les autres. Peut-être aussi que le CD connaîtra un regain dans une quinzaine d’années, comme le vinyle l’a fait après avoir agonisé durant les années 1990.
Mais chose certaine, Pierre Markotanyos croit qu’il y aura toujours des nostalgiques qui permettront aux disquaires de subsister.
«Il y a des gens – comme moi – qui vont toujours vouloir un objet physique et qui ne peuvent pas vivre simplement avec un iPod dans leurs mains», estime M. Markotanyos.
«Tant qu’il va y avoir de la bonne muse, il va y avoir des gens pour la consommer», résume Alex Nevsky.
La Journée des disquaires
- La Journée des disquaires sera célébrée chez tous les disquaires indépendants ce samedi.
- À la boutique Aux 33 tours, un spectacle regroupant Alex Nevsky, Michel Rivard, Chantal Archambault, Tire le coyote, André Papanicolaou, Groenland et Solids aura lieu dès 19h.
- La boutique sera exceptionnellement ouverte de 9h à 22h aux clients.
Quelques chiffres
- Au Canada, les ventes de vinyles sont passées de 14 000, en 2007, à 88 000 copies en 2011.
- Pendant ce temps, les ventes de CD sont passées de 39,8 millions à 14,4 millions de copies.
- Pierre Markotanyos affirme que lorsqu’il a ouvert sa boutique, en 2007, le ratio entre les ventes de vinyles et de CD était de 50-50. Maintenant, les ventes de vinyles représentent 95% de son chiffre d’affaires.