L'opposition montréalaise réclame la tête du contrôleur général Pierre Reid
Les deux partis d’opposition de la Ville de Montréal exigent la démission du contrôleur général Pierre Reid. Ils l’accusent d’avoir outrepassé ses pouvoirs en enquêtant sur le vérificateur général, Jacques Bergeron, pendant dix mois.
«Pierre Reid s’est prêté à une job de bras contre le vérificateur général, a déclaré le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron. Il l’a fait en dérogation des principes les plus élémentaires de respect des institutions.»
«De tels agissements répréhensibles dépassent les bornes d’une société libre et démocratique et ils doivent être sanctionnés», a dit pour sa part la chef de Vision Montréal, Louise Harel.
En mars 2010, le président du comité de vérification de la Ville de Montréal, André Harel, a reçu une plainte anonyme portant sur des contrats qu’auraient fractionnés le vérificateur général pour éviter l’appel d’offres, a rapporté lundi Cyberpresse.ca. M. Harel a confié les allégations à Pierre Reid, un fonctionnaire municipal alors en charge du capital humain, qui a ouvert une enquête. Pendant les dix mois qui ont suivi, celui qui est devenu contrôleur général a lu les courriels de Jacques Bergeron, qui relève du conseil municipal.
Il a été découvert que M. Bergeron a demandé à deux reprises à des fournisseurs de scinder des contrats pour contourner le processus d’appel d’offres, en plus d’avoir accordé deux contrats de 2500$ à un membre de sa famille.
Le rapport complet de l’enquête qu’a menée M. Reid sera déposé lundi au conseil municipal. Le maire Gérald Tremblay, qui a indiqué qu’il n’avait pas été avisé de l’ouverture d’une telle enquête, réagira au même moment.
Le ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, a désapprouvé aujourd’hui l’enquête du contrôleur général à l’endroit de Jacques Bergeron. «Si ça s’est passé comme ça, ce n’est pas la méthode à suivre», a-t-il dit à Québec. Le processus de plainte contre un vérificateur général semble flou, selon lui, et il compte prendre les mesures nécessaires pour l’éclaircir.
Projet Montréal croit que la plainte aurait dû être transmise au président du conseil municipal, Claude Dauphin qui, s’il y a lieu, aurait saisi les élus ou ordonné une enquête. M. Dauphin doit d’ailleurs demander des avis légaux à ce sujet et en informer les conseillers lundi soir prochain. Vision Montréal pense pour sa part que le ministre Lessard aurait dû décider du traitement de la plainte.
Quoi qu’il en soit, l’enquête du contrôleur général fait en sorte que l’administration de Gérald Tremblay connaît l’essentiel du rapport que le vérificateur général déposera dans deux mois, a déploré Projet Montréal. «C’est scandaleux, a dit Richard Bergeron. Il peut se préparer, il peut contre-expertiser et à la limite, détruire des documents.»
Le vérificateur général se défend
De son côté, le vérificateur général Jacques Bergeron s’est défendu d’avoir agi de mauvaise foi. Dans une lettre envoyée ce matin aux élus du conseil municipal de Montréal, il qualifie l’enquête menée par le contrôleur général Pierre Reid «d’activités d’espionnage systématiques».
Au cours de vérifications, il indique avoir constaté que «des gestes [ont été] posés pour camoufler ces intrusions et tenter d’en effacer toute trace dans le réseau informatique». Selon M. Bergeron, cette enquête était illégale puisque le conseil municipal ne l’a pas autorisée et qu’elle contrevient à la Loi sur les cités et villes qui garantie l’autonomie et l’indépendance du vérificateur général.
Le vérificateur général se questionne sur les motifs qui ont entrainé l’ouverture de l’enquête puisqu’elle a été déclenchée peu de temps après la rédaction d’un rapport dévastateur sur le contrat de téléphonie accordé à Telus. Les parties d’opposition partagent ce point de vue.