Mettre ses culottes
À en croire les publicités, c’est de plus en plus lourd, faire partie d’un couple hétérosexuel. Ton chum laisse traîner ses affaires partout, il n’est pas vraiment indépendant pour se nourrir, il rit de toi quand tu veux lui faire manger de la salade. Mais c’est encore pire pour les gars. Leur blonde les force à manger de la salade, les empêche d’être de «vrais gars», de voir leurs chums, et quand elles s’invitent à regarder le hockey avec les «boyz», ça semble être la pire chose sur terre.
Ma réaction spontanée à ces annonces mettant en vedette des gens qui restent ensemble on ne sait trop pourquoi, c’est : où est l’amour? Câline, si vous ne vous aimez pas, personne ne vous force à rester ensemble. Mais la réponse que propose le plus souvent ce genre de réclame est de vaincre la lutte des sexes, qu’on nous présente comme incontournable au sein du couple, en «mettant ses culottes». Notez que, parfois, l’enculottement proposé n’a aucun lien avec la frustration conjugale et peut inviter la personne à manger quelque chose de certainement pas approuvé par les nutritionnistes et, surtout, à l’insu de sa blonde qui désapprouverait certainement la chose, dans une sorte de rébellion post-adolescente d’adulte réprimé.
À peu près toujours, par contre, mettre ses culottes répond à un grand sentiment d’insécurité dû le plus souvent à une passivité initiale. C’est logique : s’il est nécessaire de les mettre, c’est qu’elles étaient d’abord absentes, et si elles étaient absentes, c’est sûrement que quelqu’un les avait baissées. Mettre ses culottes est ainsi une réaction légitime de dominé passif-agressif frustré à l’impression de ne pas avoir totalement le contrôle sur sa vie.
Cette réappropriation de ces habits de bas du corps est généralement acceptée lorsqu’elle ne porte atteinte qu’à l’individu qui tente de recouvrer ses moyens. Ainsi, on acceptera que quelqu’un injecte dans ses artères une dose bénigne de cholestérol si cela peut lui redonner un peu de fierté.
Quand je vois que nos dirigeants capitalisent sur ce sentiment d’insécurité – qui est si fort chez certains individus – en nous faisant croire que, comme peuple, il est temps que nous «mettions nos culottes», je trouve ça paresseux et/ou lâche, pour rester polie. Parce qu’il semble bien plus facile de nous conforter dans cette insécurité que de nous rendre fiers et confiants. Il semble beaucoup plus simple de nous faire croire que notre langue et nos valeurs sont menacées que de nous appuyer sur notre fierté d’avoir une culture riche et des valeurs extraordinaires pour déplacer des montagnes. Je crois sincèrement que nous méritons mieux qu’un appel à mettre nos culottes. Nous méritons plus d’amour et de reconnaissance que ça.
Remarquez, l’histoire ne dit pas si la culotte en question est la bobette ou le pantalon, le même mot pouvant être employé pour désigner les deux vêtements dans différentes régions du Québec. Quoi qu’il en soit, cela implique certainement beaucoup d’humiliation. J’aime encore mieux rester en robe.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.