Pourquoi devient-on une bombe humaine?
Si le cinéma nous fait rêver, il a aussi la capacité d’ouvrir des plaies. Vendredi soir, je l’ai découvert à mes dépens au Festival du cinéma marocain à Montréal, au cinéma du Parc.
Cette soirée-là, je suis allé, enfin, voir Les Chevaux de Dieu, ce fameux film tiré d’un fait réel, soit les attentats terroristes qui ont frappé le cœur de Casablanca, la capitale économique du Maroc, en mai 2003.
Nabil Ayouch est un réalisateur doué. Méthodiquement, il nous a entraînés dans ce Maroc que plusieurs de mes anciens compatriotes ne connaissaient même pas, la jungle des bidonvilles. La misère et ses lots de frustrations, de violence et d’intimidation quotidiennes plongent des gens dans l’enfer et la folie. Ce malheur extrême est capable de démolir le plus dur des gladiateurs.
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Avec le brio des grands cinéastes, le réalisateur nous a fait découvrir des gamins désenchantés qui auraient pu être moi, mon voisin ou n’importe quel autre marocain présent au cinéma du Parc ce soir-là. Plus les gamins prenaient de l’âge, plus on sombrait dans leur abîme inévitable.
Durant la projection, j’étais en compagnie de l’un de mes meilleurs amis marocains. Dès les premières images, on a replongé dans les travers de notre passé. À ma droite, mon ami n’arrêtait pas de pousser des sons d’agacement à peine audibles, un tic typiquement marocain qui exprime le désarroi.
Vers le milieu de la projection, je me suis penché vers mon ami pour lui chuchoter à l’oreille: «Est-ce aussi pénible?» Il m’a aussitôt répondu avec amertume: «Les pauvres jeunes, ils se font avoir!» Par le ton de sa voix, je n’ai jamais vu cet ami, d’habitude stoïque et inébranlable, être aussi triste. Je l’étais moi aussi, mais je me le suis caché.
Chez nous, je n’ai pas pu fermer l’œil de la nuit. Le lendemain, j’ai eu un mal de tête atroce. Pour ma génération dans tous les pays arabo-musulmans, le djihadisme islamiste aveugle n’a pas seulement terrorisé nos pays et le reste de la planète, il nous a démolis.
Dernière chance de voir Les Chevaux de Dieu, mardi 12 novembre, à 19h, au cinéma du Parc.