Des commerçants tournent déjà la page de la «cenne noire»
À la quincaillerie Moussette, rue Ontario, on a apposé un petit écriteau à la caisse où l’on suggère des sommes arrondies pour éviter d’utiliser la cenne noire. Par exemple, 1,02 $ est arrondi à 1 $, au bénéfice du client, alors que 1,03 $ est arrondi à 1,05 $ au bénéfice du commerçant. Rien d’obligatoire, mais plusieurs clients sont généralement d’accord, confie la caissière. «Certains nous ont d’ailleurs dit que d’autres commerçants sur la rue faisaient la même chose», ajoute-t-elle.
En 2010, 62% des pièces produites ont été des pièces de 1¢, selon le rapport annuel de la Monnaie royale canadienne déposé lundi. Pourquoi? D’abord à cause de sa faible valeur, mais aussi parce que les gens qui ont des cennes noires ont tendance à les stocker chez eux sans les remettre en circulation. Il faut donc en reproduire régulièrement.
Fait cocasse, une cenne noire coûte 1,5¢ à produire et à distribuer, ce qui signifie que la Monnaie royale canadienne a fait des pertes de 2,4 M$ pour produire et écouler les 486 millions de sous noirs commandés l’année dernière.
En décembre 2010, le comité sénatorial des finances avait recommandé d’abandonner cette pièce qui existe depuis 150 ans. Qu’en est-il depuis? «C’est le statut quo», répond Alexandre Reeves, porte-parole de la Monnaie royale canadienne qui ne veut pas se prononcer sur la recommandation du comité sénatorial. «La Monnaie se doit de rester neutre sur le sujet, ce n’est pas de notre responsabilité.»
Au ministère des Finances, à qui revient la décision finale, on indique que la position n’a pas évolué depuis février. À cette époque, le ministre Jim Flaherty avait indiqué que son ministère évaluait la question mais qu’il ne s’agissait pas d’une priorité.
Du côté du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD) on est aussi prudent. «Selon un sondage maison, 59% des Québécois et 72% des commerçants sont pour l’élimination du sou noir, mais on est encore loin du consensus», note Gaston Lafleur, pdg du CQCD. Les consommateurs craignent un hausse de l’inflation et les commerçants sont préoccupés par les coûts liés à d’éventuels changements sur le plan du matériel et des logiciels.