L’Afghanistan en quête d’un nouvel élan
Le peuple afghan tournera demain la page sur les 13 années de règne d’Hamid Karzaï, bravant les menaces de l’insurrection talibane d’utiliser la force pour faire dérailler la démocratie balbutiante du pays. Où va l’Afghanistan au moment où la mission étrangère tire à sa fin et que le pays s’apprête à marcher seul? Métro a posé la question à Frédéric Grare, directeur du programme dédié à l’Asie du Sud du think tank Carnegie Endowment for International Peace, basé à Washington.
L’Afghanistan est-il prêt pour l’élection de demain?
La question qui domine à Kaboul actuellement, ce n’est pas de savoir si l’élection sera honnête ou frauduleuse: c’est de savoir si elle sera à peu près acceptable ou si elle sera complètement biaisée. La réponse a peu de valeur, car ce qui importe à la communauté internationale, c’est que le processus ait au moins l’apparence d’être honorable.
Est-ce que le scrutin a pour but de légitimer l’intervention étrangère, selon vous?
À l’origine, cette élection n’a pas pour but de légitimer l’intervention de la communauté internationale, mais bien de légitimer son départ. Et quoi qu’il arrive, malgré les entorses évidentes qui seront faites au processus électoral, tout le monde fera semblant que tout s’est bien déroulé. Grâce à cet exercice de diplomatie publique, la communauté internationale pourra dire «mission accomplie, le retrait est justifié».
Je ne dis pas que l’intervention étrangère a été entièrement négative. Je dis seulement que l’objectif principal, qui était d’éradiquer l’insurrection et de prévenir la réémergence des sanctuaires terroristes, n’a pas été atteint.
Quels sont les scénarios qui attendent l’Afghanistan?
Je ne m’attends pas à un effondrement soudain du régime, mais plutôt à une progression en sous-main de l’insurrection. Les talibans ont consolidé leur position ces derniers mois, et il n’y a aucune raison de penser que leur ascension va s’arrêter brusquement après l’élection.
Une chose demeure certaine: c’est que le nouveau gouvernement, quel qu’il soit, devra faire plus avec moins. Ce qui ne laisse pas présager une amélioration soudaine et miraculeuse de la situation.
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Quel héritage lègue Hamid Karzaï à l’Afghanistan?
Celui d’un pays divisé ayant été incapable d’accomplir tout ce qu’il aurait dû accomplir. Après 13 ans, même si l’État afghan a été reconstruit en partie, il reste extrêmement faible, et extrêmement corrompu.
Mais la postérité de Karzaï dépendra de la suite des choses. Si l’Afghanistan réussit à rester debout vaille que vaille, l’Histoire sera plus indulgente avec lui. La chanson le disait: ce n’est pas ce qu’on fait qui importe, c’est l’histoire, c’est l’histoire…