La théorie des «classes d’âge» de madame Bombardier
L’émission de Pénélope McQuade de mardi dernier a cristallisé à elle seule, par la présence de Denise Bombardier, l’incompréhension générationnelle. Je ferai de mon mieux pour en faire une analyse détachée sans tomber moi-même dans l’âgisme. J’avoue attribuer souvent mon désaccord avec les opinions de Denise Bombardier à notre différence générationnelle. Mais voyons un peu ce que cette différence signifie pour la commentatrice d’expérience.
Le conflit générationnel a d’abord pris forme, poliment, certes, entre madame Bombardier et Vincent Vallières lorsque ce dernier a demandé avec une pointe de chu-pas-d’accord: «vous pensez vraiment que les jeunes sont individualistes?» Du tac au tac, madame Bombardier a répondu sans surprise «Ah, mais oui, tout à fait». Vincent Vallières a alors déconstruit la perception – fondée sur quoi, on ne le sait pas – de madame Bombardier en faisant part de son expérience personnelle avec les jeunes.
C’est alors que madame Bombardier a évoqué sa théorie des «classes d’âge» selon laquelle les jeunes (pas les vieux) sont solidaires de leur groupe d’âge. Or, selon elle, le meilleur moyen pour une société de vivre en harmonie est de vivre dans une société intergénérationnelle. Là-dessus, on est pas mal d’accord. Mais que signifie cette intergénérationalité, selon D. Bomb? «Que nous [les aînés] témoignions de ce qu’on a vécu et que vous, vous repreniez et vous nous donniez le dynamisme qui vient avec la jeunesse». Autrement dit: vous écoutez nos vieilles histoires pour construire le monde à notre image pendant que nous nous nourrissons de votre énergie. C’est pas exactement ce que j’appellerais une situation gagnant/gagnant.
Je n’aurais pas fait un billet là-dessus si cette théorie ne s’était pas si savoureusement concrétisée quelques minutes plus tard lorsque Mariana Mazza et Virginie Fortin se sont jointes à la conversation. Je ca-po-te sur ces filles-là, qui représentent la richesse de la relève – et qui plus est, de la relève féminine – en humour. Leur rencontre avec Denise Bombardier sur le plateau a donné lieu à un échange fascinant, puisque la chroniqueuse connaissait les deux filles, pour avoir assisté à leur spectacle l’été dernier dans le cadre du Zoofest.
Comment s’est-elle retrouvée là? Madame Bombardier raconte avoir demandé à Gilbert Rozon de lui recommander un spectacle qui allait l’«étonner». Voilà qu’était comblée la portion «puiser l’énergie de la jeunesse» de la théorie des classes d’âge. Denise Bombardier dit avoir adoré la prestation de Mazza-Fortin. Mais la suite de l’entrevue montre la partie «donner des leçons de vie» et «imposer sa vision du monde» qui complète la théorie.
«Vous devriez laisser tomber les gros mots, ne pas copier les gars parce que ce sont les gars qui sont vos modèles», a-t-elle déclaré, probablement parce que selon sa vision du monde, une jeune fille polie ne sacre pas. Après ça, bon, Mazza et Fortin peuvent bien faire ce qu’elles veulent de ces conseils ringards. Moi, je leur dirais de rester exactement comme elles sont, de continuer à se faire la voix de ma génération.
Car le jugement que l’on porte sur l’humour est forcément teinté de son bagage d’expériences personnelles, et parmi elles, l’âge peut certainement être un facteur d’interprétation. Pour Denise Bombardier, Mazza et Fortin sont «outrancières», «veulent briser tous les tabous et repousser les limites», surtout Fortin, «qui, sous ses airs BCBG, est certainement la plus perverse des deux. Ça peut choquer, elle est au-delà de la vulgarité. Elle aborde des thèmes dont je ne voudrais même pas entendre parler, dont je ne me parle même pas à moi-même».
Visiblement, madame Bombardier et moi n’avons pas vu le même show, et pourtant, je me souviens que nous assistions à la même représentation lors du Zoofest. Rien, de toute cette soirée, ne m’a même froissée un tout petit peu.
Après l’entrevue, quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de Mazza-Fortin, ma mère mettons, sera convaincu que les deux filles sont vulgaires, outrancières, qu’un mince fil les sépare de Gab Roy, et qu’il faut être vraiment wild pour aller les voir. Tout ça parce qu’elles sont passées par la grille d’analyse de Denise Bombardier. Merci d’encourager ainsi la jeunesse et de faire votre part pour la solidarité intergénérationnelle, madame.