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Mixité sociale

Les grandes villes sont en profonde mutation et Montréal n’y échappe pas. Après la valse des fusions-défusions, Montréal-Nord est devenue l’un des 19 arrondissements de Montréal. Adieu, la petite ville de banlieue bercée par les eaux de la Rivière-des-Prairies, aux belles demeures du boulevard Gouin, symboles d’une époque révolue. Le 1er janvier prochain, cela fera dix ans que la Ville de Montréal-Nord aura rejoint le rang des arrondissements de Montréal. Mais les bouleversements à venir au cours des prochaines décennies sont bien plus profonds que ce changement de statut…

Parmi les grands changements qui affectent notre arrondissement, il y a celui de sa composition démographique et socio-économique : arrivée massive d’immigrants, par vagues successives, d’Italiens, Haïtiens, Maghrébins, Latino-américains qui forment aujourd’hui une part importante des citoyens de l’arrondissement. Cette population se distingue non seulement par des différences culturelles marquées mais aussi par des

niveaux d’éducation et de revenus fort différents.

Dès lors, le partage de l’espace publique et la cohabitation revêtent une importance fondamentale. C’est pourquoi, la mixité sociale est réclamée par de nombreux acteurs de la société, au Québec, à Montréal-Nord, comme ailleurs dans le monde. Mais qu’est-ce que la mixité sociale ? Pour la chercheure, France Dansereau, de l’INRS, « La mixité sociale se présente comme l’envers de la ségrégation sociale et plus particulièrement de

la concentration des ménages pauvres dans l’espace urbain, avec les maux qui y sont associés (culture de la pauvreté, reproduction des inégalités sociales et d’accès aux ressources urbaines) ».

Bref, la mixité sociale s’oppose à deux formes d’organisation sociale que l’on retrouve aux extrêmes dans nos sociétés : d’un côté, le ghetto, comme le Bronx ou Harlem, à New York, souvent cités en exemple ou, de l’autre, les gated community , pour reprendre l’expression de nos voisins du Sud, qui désigne, des quartiers résidentiels dont l’accès est contrôlé, et dans lesquels l’espace public est privatisé. En général, ils sont entourés de clôtures et ont des entrées gardées pour empêcher l’accès aux non-résidents.

Avec les grands projets immobiliers qui se dessinent à Montréal-Nord (boulevard Pie IX, Albert-Hudon, etc.), la question de la cohabitation entre les populations actuelles et futures se pose. Évidemment, les choix collectifs qui nous attendent auront un impact majeur pour les générations à venir : en effet, la question de la mixité sociale ou non ne suppose pas uniquement des choix immobiliers mais aussi une forme d’organisation et de livraison des services de proximité publics (écoles, santé, culture, loisirs, etc.) et privés (épiceries, pharmacies, banques, etc.).

Lorsque je regarde les enfants jouer dans la cour de leur école j’essaie de les imaginer dans quelques années, à l’âge adulte, dans les rues de Montréal-Nord…

Patrice Rodriguez

coordination@parole-dexclues.ca

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