L’art de parler aux jeunes
« J’ai commencé en illustrant les livres scolaires qu’on distribue chaque année dans les écoles », évoque M. Poulin. Issu de la classe ouvrière du quartier Hochelaga-Maisonneuve, rien ne le prédestinait au dessin. Il aurait naturellement dû être… camionneur.
Ce sont les œuvres du peintre néerlandais Breughel qui l’ont le plus inspiré. « À 16 ans, je suis tombé sur ses dessins qui dépeignaient la vie quotidienne de son époque, mentionne-t-il. C’est quelqu’un qui m’a beaucoup marqué. »
Pour assouvir son désir de poursuivre dans cette branche, M. Poulin a entrepris des études de graphisme. « J’ai fait des études au collège Ahuntsic, de 1979 à 1983. C’était une formation en graphisme. La formation d’illustrateur n’existait pas. J’ai appris en autodidacte, dit-il. Je voulais m’en aller en illustration pour les enfants. »
À cette époque, sa conjointe étudiait en orthopédagogie. C’est en lisant ses livres qu’il a pris connaissance des théories sur le développement cognitif de l’enfant, ce qui incluait les travaux du psychologue suisse Jean Piaget.
« Quand tu construis une image, tu dois choisir les éléments que les enfants vont comprendre, dit-il. Les enfants ne voient pas les choses à la même hauteur. » En dessinant un gros plan d’une sorcière par exemple, « ça leur permet vraiment de rentrer dans l’histoire ».
Piaget disait que les contes étaient des mises en garde. « Moi j’ai toujours aimé garder ce point de vue là dans les contes, poursuit-il. Sans nécessairement leur faire peur, il faut leur montrer ce qui n’est pas docile dans la vie. »
Les bons exemples de l’utilité du conte remontent à la préhistoire, alors que l’on peignait des scènes de la vie extérieure sur les parois rocheuses des cavernes. Cet art rupestre servait à enseigner les dangers de la vie extérieure aux plus jeunes.
La vie au service de l’art
Pour M. Poulin, le dessin doit être au service des gens. « L’illustration, c’est fait pour communiquer, indique-t-il. Tu mets des éléments que les gens connaissent. » Il faut faire en sorte que les gens entament une réflexion.
Mais si l’art est au service de l’humain, l’humain qui se consacre à l’art doit aussi consentir au sacrifice. « J’ai le même salaire qu’il y a 25 ans », dit celui qui s’estime tout de même chanceux de pouvoir vivre de ses créations.
« Les éditeurs m’envoient des textes et je décide si oui ou non je les illustre », admet-il. Au Québec, la plupart des éditeurs avancent les premiers 2000 $ aux dessinateurs. Ce montant est augmenté à partir du moment où le bénéfice de ceux-ci, qui est à hauteur de 80 ¢ du livre, équivaut aux 2000 $ avancés.
Le salaire de M. Poulin augmente peu, car plus il acquiert de l’expérience, plus le temps de création s’allonge. « Plus ça va, plus c’est long », dit-il. Ainsi, ses techniques deviennent plus complexes, il ajoute plus de volume dans les objets qu’il dessine. Un seul dessin peut nécessiter trois semaines de travail.
« Je viens de faire un livre, ça m’a pris cinq ans », affirme celui qui ne peint qu’à l’huile, sur des toiles de coton.
L’exposition, présentée à la bibliothèque dans le cadre du calendrier automnal de la programmation culturelle de l’arrondissement, regroupe quelques-unes des esquisses dont il s’est servi dans les 104 livres qu’il a réalisés au cours des années.