La cour d'école
Avez-vous vu à la télé l’annonce de sensibilisation pour la courtoisie en voiture? Une dame laisse passer une voiture devant elle, puis un narrateur dit : «Laisser passer quelqu’un devant. Courtoisie.» Pas fort les adultes. Je ne veux plus jamais entendre quelqu’un dire que les jeunes ne savent pas vivre. Cette pub-là est le genre de leçon qu’on donne aux enfants du primaire. Lever la main avant de parler. Politesse. Pas faire pipi dans ses culottes. Propreté. Laisser passer quelqu’un devant. Courtoisie.
On a besoin d’affiches dans le métro pour nous rappeler de donner notre place aux personnes âgées. On a besoin d’affiches à l’entrée des Tim Hortons pour nous rappeler de porter un chandail. On a besoin d’affiches dans les toilettes pour nous rappeler de nous laver les mains. Dans le fond, un adulte, c’est un enfant qui a le droit d’acheter des cigarettes.
On aime donc ça, les adultes, se penser plus sages que les enfants. Plus sophistiqués, plus civilisés, plus courtois. Et pourtant. Depuis mon expérience dans la cour d’école, l’époque de mes Airs Pumps, je n’ai pas observé grand changement dans la cour des grands. Plutôt de petites mutations.
Le méchant qui rabaissait toujours le petit à lunettes est devenu l’employé qui se plaint toujours du travail des autres sans jamais avouer ses torts. Le petit à lunettes est toujours aussi silencieux, ayant peur du conflit. Il faisait les devoirs du p’tit méchant; aujourd’hui il reste après 17 h le vendredi. La petite dévergondée qui aimait attirer l’attention avec ses débuts de seins dort seule, maudissant les hommes, ces chiens.
Les personnalités restent, les habitudes aussi. La déception d’être choisi dernier au ballon chasseur est devenue celle de ne pas avoir la promotion. La petite haine immature face à l’autorité a changé de cible, passant du prof avec sa maudite copie au policier avec son maudit ticket. La peine de se faire laisser est devenue simplement la peine de se faire encore laisser. La douleur étant moins forte puisqu’elle nous est familière. Celle de se cogner un orteil, qui fait toujours aussi mal.
Peut-être qu’il y a des gens qui trouvent que je suis dans le champ. Que la vie adulte n’a rien à voir avec l’enfance. Je répondrai simplement : «Laisser passer quelqu’un devant. Courtoisie». Si vous doutez encore, je vous attends au rack à bicycles.