Le registre de la discorde
Le registre des armes d’épaule l’a échappé belle. Après une campagne serrée, les élus fédéraux ont voté contre son abolition. C’est une bonne nouvelle. Je suis en faveur de ce registre, tout en me disant qu’il demeure perfectible.
Avec seulement deux votes de majorité, c’est toutefois loin d’être la fin. D’un côté, le premier ministre Harper promet de continuer la bataille. De l’autre, l’opposition compte bien proposer des améliorations afin d’adapter les sanctions.
Toute cette saga a donné lieu à un drôle de débat; drôle dans le sens de bizarre. On a entendu certains tenants du registre dire qu’il s’agissait d’un enjeu qui opposait les émotions à la raison. Selon cette logique, il serait émotif de vouloir encadrer la possession d’armes à feu par un registre et raisonnable de laisser libre cours à leur utilisation. Il s’agit d’un raisonnement particulier, qui ne tient pas compte des arguments logiques fournis par le rapport de la GRC et par l’ensemble des services policiers, qui voient ce registre comme un outil d’intervention utile.
Sur le plan parlementaire, on a assisté à quelque chose d’inusité. On a reproché au chef du NPD de manquer de leadership, car il a décidé de laisser ses députés voter librement sur le sujet. Au moment où le cynisme est à son comble, où on se demande comment faire pour attirer les meilleurs dans les instances politiques, Jack Layton a pris le chemin difficile. Pourtant, il est plus intéressant de mobiliser par l’adhésion que par la coercition. Inspirer plutôt qu’ordonner, n’est-ce pas ça, du vrai leadership?
Les positions sont donc campées. Enregistrer son arme d’épaule n’est pas si compliqué. Là n’est pas l’enjeu, là n’est plus la question. C’est idéologique, c’est une question de principe. Pour les conservateurs, le registre est devenu un symbole qui mobilise sa base électorale. Ce dossier risque bien de se trouver au centre d’une prochaine campagne électorale.
À entendre ses principaux ténors, ce débat illustre la division entre la ville et les régions. Ce qui sert bien la cause. Le ministre Lebel va même plus loin en disant que le Bloc québécois est devenu un parti montréalais. Le registre a provoqué la discorde à la Chambre des communes. Reste à voir s’il la créera entre les électeurs de la ville et ceux des régions.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.