Le français à Montréal: un débat serein svp!
Peut-on parler de la sauvegarde du français au Québec sans déchirer sa chemise? La publication des premières bribes de l’étude intitulée Vrai visage du français au Québec laisse présager que non. Pierre Curzi, porte-parole du Parti québécois en matière de langue, a planché pendant plusieurs mois sur ce document rendu public aujourd’hui. Suscitant le débat depuis déjà deux jours, il dresse un portrait plutôt sombre de la situation. L’anglais aurait, selon ses conclusions, une force d’attraction cinq fois supérieure au français sur l’île de Montréal.
Qu’on soit d’accord ou non avec l’interprétation des chiffres présentés, on ne peut reprocher à un élu de vouloir initier un débat d’idées sur un sujet qu’il considère important. Malheureusement, la ministre St-Pierre ne l’a pas vu ainsi. Au lieu de recevoir le travail de son collègue de l’Assemblée nationale, elle a préféré le tourner en dérision. En disant que le PQ ne cherche qu’à faire peur, elle évacue ainsi la question de fond.
On peut questionner l’ampleur du déclin du français à Montréal, mais il reste que le portrait de la situation linguistique, publié en 2008 par l’Office de la langue française, avait sonné l’alarme. On se souvient que sa publication nous avait d’ailleurs donné droit à un psychodrame linguistique.
En rejetant du revers de la main le portrait dressé par Pierre Curzi, le gouvernement passe à côté d’une discussion porteuse sur l’angle de l’appartenance à la culture francophone. Il s’agit pourtant d’une approche nouvelle dans la réflexion. Les enfants de la Loi 101 parlent bien français. Pourtant, ils vivent en grande partie au sein de la culture américaine.
Alors, comment faire pour inverser la tendance? Une loi ne changera pas la fierté qu’on peut avoir pour la culture québécoise. Dans un monde où l’information voyage à la vitesse de l’internet et où les frontières n’ont plus de limites, la question se pose. Les succès internationaux de Xavier Dolan ou de Cour de pirate peuvent-ils contribuer à susciter une plus grande adhésion?
Un débat serein, porteur d’idées sur le sujet, serait déjà une avancée. C’est à tout le moins l’ouverture qu’on espère de la ministre St-Pierre.