L'art du possible
La politique, c’est souvent l’art du possible. Pour un gouvernement qui avait frôlé la catastrophe en novembre dernier avec un énoncé économique dogmatique, l’opération budgétaire de cette semaine relevait du défi. De retour après une prorogation de la Chambre, l’équipe du premier ministre Harper devait démontrer qu’elle était capable d’agir de manière à retrouver une parcelle de confiance et ainsi continuer à gouverner.
Dans la perspective canadienne, le budget fédéral en est un de compromis. C’est une courte pointe de mesures qui ne satisfait pleinement personne, mais qui ne peut déplaire entièrement. Dans ce collage, fruit de vastes consultations, on aurait souhaité retrouver une trame de fond porteuse de vision à long terme. Ce budget aurait dû permettre de jeter les bases du Canada du XXIe siècle. Le retour au déficit aurait donc pu avoir une signification : des investissements massifs pour moderniser notre économie et la faire entrer dans une nouvelle ère d’économie durable. À ce chapitre, le gouvernement n’est pas parvenu à amalgamer les demandes de tout le monde et à en faire un tout cohérent.
Dans la perspective du Québec, ce budget est l’illustration du bris de communication entre Ottawa et Québec. Pourtant fort de l’appui de l’Assemblée nationale, Jean Charest n’aura pas su faire entendre sa voix. Les dossiers des communautés dépendant de la foresterie et de la commission des valeurs mobilières unique sont des images fortes.
Pour ce qui est de la péréquation, c’est le manque de vigilance du gouvernement Charest en novembre dernier qui est en cause. Monique Jérôme-Forget aura eu besoin d’une campagne électorale et de Pauline Marois pour constater que la formule proposée coûterait cher au Québec. Qui ne dit mot, consent, dit l’adage; le ministre fédéral des Finances a eu beau jeu.
Par ailleurs, ce n’est pas parce que le Québec n’a pas obtenu ce qu’il voulait qu’il faut nécessairement blâmer son voisin. Les investissements massifs en Ontario sont stratégiques. Représentant 40 % du PIB canadien, l’Ontario souffre terriblement de la crise actuelle. En contrepartie, le Québec, comme le dit Jean Charest sur toutes les tribunes, s’en sort mieux.
Si ce budget n’est pas porteur d’une vision à long terme, c’est peut-être parce qu’il vise d’abord à assurer la survie d’un gouvernement et à répondre à une situation de crise. Personne ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre.