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Blessée par la police en 2014, Majiza Philip attaque la Ville en justice

Majiza Philip poursuit la Ville et le SPVM pour 700 000$. Photo: Simon Mauvieux

Majiza Philip, une femme noire arrêtée et blessée par la police en 2014, va poursuivre la Ville de Montréal et les deux agents responsables de ses blessures. Elle soutient que de graves problèmes de profilage racial persistent à Montréal.

Mme Philip a eu le bras cassé à la suite d’un coup de bâton télescopique porté par un agent du SPVM, le 21 novembre 2014. À la suite de l’arrestation de son conjoint pour ivresse sur la voie publique, Mme Philip a essayé de communiquer avec les agents du service de police de la ville de Montréal (SPVM), avant d’être arrêtée puis blessée par un des agents.

«Faire une poursuite civile c’est la seule option que j’ai pour obtenir justice. Chaque jour, je vis avec un traumatisme et de l’anxiété. Il y a des jours où j’ai peur de sortir avec mes amis  par ce que je ne sais pas si un policier va faire quelque chose contre moi», a-t-elle déclaré mardi en conférence de presse, dans les locaux du Centre recherche-action sur les relations raciales (CRARR).

La jeune femme, appuyée par le CRARR, poursuivra la Ville au civil, en tant qu’employeur des deux policiers. Elle compte aussi aller devant le commissaire à la déontologie pour «abus d’autorité, usage de force excessive, négligence et tentative d’entraver l’enquête antérieure du Commissaire».

Mme Philip poursuit la Ville et les deux policiers pour 700 000$. Sa blessure l’a empêché de travailler pendant des mois et les dommages psychologiques sont encore présents, a-t-elle dit.

Après avoir fait l’objet d’une plainte criminelle, Mme Philip a été acquittée par la Cour Municipale, en raison notamment de l’incohérence des témoignages des policiers. Durant ce procès, la juge aussi remit en cause les raisons de l’arrestation de Mme Philip. «Pour quelle raison Philip a-t-elle été arrêtée ? Pour une entrave ? Pour des voies de fait contre un agent de la paix ? Ou pour un refus de circuler en vertu du règlement municipal ? La réponse : on ne le saura jamais», avait déclaré la juge lors de l’audience.

Mme Philip et son avocat veulent maintenant que soit reconnu le caractère illégal de son arrestation. Ils veulent aussi connaître la vérité sur l’enquête initiale de 2016, où les policiers concernés auraient pu ne pas dire la vérité ou cacher des éléments sur le déroulement de l’arrestation.

En 2016, les policiers avaient aussi été blanchis par la commission de déontologie policière.

Au-delà de cette affaire, le CRARR a voulu rappeler que la question du profilage racial était loin d’être réglée à Montréal.

«Il y a un problème systémique très profond et très préoccupant avec le SPVM. Il est urgent que le chef de police, même s’il est intérimaire, rencontre les communautés, qu’il soit visible, audible, qu’on sache où il veut aller, quelles sont ses priorités sur ces questions», a déclaré le président du CRARR, Fo Niemi.

La Ville a voté en septembre 2017 des recommandations pour lutter contre le profilage racial, reconnaissant que ce problème est bien présent à Montréal.

Pourtant, M.Niemi aimerait que la Ville face un suivi de ces recommandations pour évaluer leur application et leurs résultats. «Il y a un manque d‘engagement concret On veut des actions sur le terrain», a-t-il demandé, évoquant «un manque de leadership politique» de la part de l’administration de Valérie Plante.

«On sait depuis qu’on est jeune qu’on doit être plus alerte face à la police, par ce que nous sommes Noirs. On sait qu’on peut nous traiter différemment d’une personne blanche. Mes amis, ma famille, on a grandi en sachant qu’on a des droits, mais qu’être Noirs, c’est différent.» -Majiza Philip.

«On reconnait qu’il existe un problème de profilage racial», a indiqué à Métro le chef du poste de quartier 35 dans Rosemont, Éric Soumpholphakdy, aussi mandataire du dossier du profilage racial au SPVM.

Le SPVM travaille actuellement sur un plan pour lutter contre le profilage racial et social, qui sera annoncé à la fin de l’année.

Créé en 2012, la première mouture de ce plan visait à définir ce qu’est le profilage racial et social aux agents. Le deuxième plan sera davantage axé sur les réalités des personnes racisées, autochtones ou souffrant de problèmes de santé mentale.

Des représentants de ces communautés travaillent avec la police pour ressouder les liens. À l’échelle locale, les agents sont aussi appelés à travailler hors des interventions policières, a précisé M. Soumpholphakdy. «C’est important d’humaniser le travail des policiers. On fait des partis de soccer, de basketball, les policiers vont faire aussi de l’aide aux devoirs. On travaille avec les jeunes des communautés», a-t-il illustré.

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