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11:41 19 novembre 2020 | mise à jour le: 20 novembre 2020 à 12:54 temps de lecture: 4 minutes

C’est la Journée mondiale des toilettes, et voici pourquoi ce n’est pas drôle

C’est la Journée mondiale des toilettes, et voici pourquoi ce n’est pas drôle
Photo: Stock PhotosLa Ville de Montréal a installé de nouvelles toilettes chimiques depuis le début de la pandémie. Selon une intervenante, ce n'est pas assez.

La Journée mondiale des toilettes décrétée par les Nations Unies n’a rien de drôle cette année alors que la pandémie rend l’accès aux toilettes publiques encore plus difficile.

En effet, plusieurs villes, comme Montréal, ont jugé bon de fermer leurs toilettes pendant la crise sanitaire.

La plupart des toilettes publiques, comme celles des bibliothèques ou de certains édifices municipaux, demeurent inaccessibles.

Encore en novembre, la majorité des commerçants ne laissent aucun client avoir accès à leurs toilettes. Sans oublier la fermeture des salles à manger des restaurants en zone rouge.

Un enjeu de dignité

Avec cet accès limité, les personnes itinérantes n’ont souvent nulle part où aller.

Bien que l’enjeu se soit amplifié avec la pandémie, il existait bien avant, explique l’organisatrice communautaire au Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), Mariana Racine Méndez.

«On sait que, dans la plupart des commerces, il faut avoir des clés pour entrer dans les salles de bain. Ces clés ne sont pas données à n’importe qui, il faut avoir consommé sur place», émet-elle.

Comme Mme Racine Méndez, la directrice générale de l’Accueil Bonneau, Fiona Crossling, estime que la difficulté d’accéder aux toilettes affecte directement la dignité des sans-abris qui doivent «trouver un coin quelque part».

De plus, en urinant sur la place publique, les itinérants s’exposent à des contraventions. «Ça devient non seulement gênant, mais ça peut couter cher aussi», ajoute Mme Crossling.

Pour Mariana Racine Méndez, ce sont des règlements qui devraient être révoqués.

Les itinérants ont tout de même accès à 5 centres de jour et à la halte-répit qui a ouvert lundi au Vieux-Port de Montréal. Le soir, ils peuvent se rendre dans des refuges.

«Cependant, avec les mesures sanitaires, on ne peut pas accueillir autant de gens qu’avant. Même les organismes qui sont ouverts doivent faire attention au nombre de personnes qu’on laisse rentrer», précise Fiona Crossling.

À qui la responsabilité?

Selon Mariana Racine Méndez, la responsabilité d’offrir des installations sanitaires revient à la Ville de Montréal. «Ça fait longtemps qu’on en demande plus. C’est une réalité qui affecte les personnes en situation d’itinérance, mais aussi n’importe qui», pense-t-elle.

Quelqu’un qui a passé la journée à marcher dans Montréal et qui a eu envie à un moment donné peut le constater, ajoute-t-elle. «C’est assez flagrant, particulièrement en zone rouge.»

Pour pallier le problème, la Ville de Montréal a installé 62 toilettes chimiques avec lavabos depuis le début de la pandémie, à plusieurs endroits publics dans Ville-Marie, Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, Plateau Mont-Royal et Ahuntsic.

«Ça fait une grande différence dans les lieux qui en ont, mais ce n’est pas généralisé, précise toutefois Mme Méndez Racine. Ça ne règle pas du tout le problème à l’échelle de Montréal.»

Fiona Crossling qui voit une des installations de sa fenêtre soutient que plusieurs personnes les utilisent. «Il y a un besoin, nos gens sont constamment en train de les utiliser», ajoute-t-elle.

Pour Marina Méndez Racine, rendre des toilettes plus accessibles serait un «moindre effort.» «Personne n’a envie d’uriner sur la place publique, dit-elle. Ça peut impliquer des enjeux de sécurité, entre autres, pour les femmes qui doivent se cacher dans des ruelles.»

Transformer l’expérience

Dans le contexte de la pandémie, l’entreprise québécoise Les Cabinets souhaite transformer l’expérience des utilisateurs de toilettes publiques.

Pour Patrice Marier qui a cofondé Les Cabinets il y a plus de 4 ans avec sa conjointe, Marie-Pierre Hamel, il était «naturel» de propulser son modèle d’affaires en réponse aux problèmes d’accès aux toilettes publiques et de salubrité.

En prévision de la saison estivale 2021, les deux cofondateurs offrent leurs services de création et de gestion des espaces sanitaires.

Ils ont mis sur pied un concept de zones semi-temporaires extérieures, aménagées dans le respect de leur environnement, intégrant des équipements sanitaires.

«Il s’agit véritablement d’une formule tout-inclus. Nous assurons un confort et une salubrité impeccable», ajoute Patrice Marier.

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