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À taux de vaccination égal, certains quartiers sont encore affectés davantage par la COVID-19

Photo: Josie Demarais/Métro
Kate Choi, Western University et Patrick Denice, Western University - La Conversation

Des quartiers défavorisés, comme Montréal-Nord, ont été plus touchés par la pandémie. Si les taux de vaccination varient d’un quartier à l’autre, ils n’ont pas nécessairement d’incidence directe sur le taux d’infection. D’autres facteurs sont donc à considérer, dont l’émergence des variants. À Toronto, des chercheurs se sont intéressés à savoir pourquoi les quartiers moins favorisés avec de bons taux de vaccination — possiblement en raison des efforts des autorités de Santé publique — conservent tout de même un taux d’infection relativement élevé. 

Un texte de Kate Choi et Patrick Denice.

La recherche montre que les vaccins peuvent renverser le cours de la pandémie. L’émergence de variants mortels, les faibles taux initiaux de vaccination chez les groupes vulnérables et les poussées incessantes dans les communautés peu vaccinées suscitent des inquiétudes en matière d’équité vaccinale.

Lorsque des foyers de Covid-19 sont apparus dans des villes comme Toronto, les autorités se sont employées à accroître la disponibilité et l’utilisation des vaccins. Mais parce que chaque quartier présente des facteurs de risque différents, un taux de vaccination uniforme ne produira pas un même taux d’infection. Notre équipe a examiné ces inégalités.

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À Toronto, au début d’avril 2021, les communautés de minorités raciales et d’immigrants étaient nettement moins vaccinées tout en étant touchées par la pandémie de manière disproportionnée. Autrement dit, les taux de vaccination étaient plus faibles là où les taux d’infection étaient plus élevés.

Depuis, l’offre de vaccins a considérablement augmenté. Entre le 1er avril et le 7 juillet, la proportion de Canadiens vaccinés au moins une fois est passée de 14 à 69 %.

Le gouvernement ontarien s’est assuré d’une distribution plus équitable des vaccins, notamment en réservant la moitié des nouvelles doses pour les points chauds pendant la première quinzaine de mai.

Aux États-Unis, un sondage récent a montré que les réticences vaccinales ont le plus diminué parmi les minorités raciales, et qu’il ne subsiste que de faible différence sur ce plan. Et de même, à Toronto, en ce qui concerne les minorités raciales.

Mais cette évolution a-t-elle augmenté les taux de vaccination dans les quartiers à risque et réduit les disparités dans les taux de vaccination entre les communautés présentant des risques variables ? Et les efforts pour distribuer le vaccin plus équitablement ont-ils contribué à réduire les inégalités des taux d’infection entre les communautés ?

Pour y répondre, notre équipe a comparé le taux de vaccination des quartiers torontois entre la mi-avril et la mi-juin 2021. Cette recherche, actuellement en processus d’examen par les pairs, a également vérifié si les inégalités dans les taux d’infection diminuaient ce faisant.

Les taux de vaccination tendent à s’égaliser

En avril, les taux de vaccination étaient plus faibles dans les quartiers à risque que dans ceux présentant un risque plus faible. L’écart moyen était de 5,8 points de pourcentage entre les quartiers à risque faible/risque élevé, comparativement à 4,4 points pour les quartiers à risque faible/risque modéré.

Graphique linéaire montrant le pourcentage cumulé d’adultes ayant reçu au moins une dose de Covid-19
Les taux de vaccination ont augmenté plus rapidement dans les quartiers les plus à risque. (Choi/Denice), Author provided

Les taux de vaccination ont toutefois augmenté plus rapidement dans les quartiers à risque. En juin, l’écart avait diminué à 1,7 point de pourcentage dans les quartiers à risque élevé par rapport à ceux à risque faible, et à un point entre les quartiers à risque modéré/risque faible.

Ces résultats suggèrent que la politique ontarienne visant à améliorer l’équité vaccinale a permis d’augmenter les taux de vaccination dans les quartiers plus affectés.

Disparités persistantes dans les taux d’infection

La maladie s’est propagée plus lentement dans les quartiers où les taux de vaccination ont augmenté rapidement. Pourtant, dans les communautés à risque, la maladie a continué de se répandre davantage, alors que les taux de vaccination y augmentaient plus rapidement. Ainsi, sur la période, les quartiers à haut risque ont enregistré 421 cas par 100 000 habitants de plus que ceux à faible risque.

Graphique linéaire montrant les taux d’infection au Covid-19 dans différents quartiers
La maladie s’est propagée davantage dans les quartiers à risque, même si les taux de vaccination y avaient augmenté plus rapidement. (Choi/Denice), Author provided

La propagation plus rapide de la maladie dans les quartiers à risque est largement tributaire du tissu socioéconomique et de la démographie. Les travailleurs essentiels, certaines minorités raciales et les immigrants continuent d’y être davantage exposés.

Globalement, l’augmentation des taux de vaccination n’y a pas été assez rapide pour contrebalancer le risque plus élevé d’infection. En effet, la population y est davantage exposée à la maladie en raison de facteurs structurels, identifiés dans nos recherches antérieures (également en processus d’examen par les pairs). Par exemple, les logements surpeuplés et l’obligation de se déplacer — souvent par les transports en commun — pour s’alimenter et se soigner.

Nos résultats révèlent également que les quartiers d’immigrants sont passés en deuxième dans le déploiement de la vaccination à Toronto. Non seulement les taux de vaccination y étaient plus faibles en avril, mais ils ont augmenté beaucoup plus lentement. Cette situation combinée à une plus grande exposition au virus expliquerait la propagation rapide de la maladie.

Implications pour le déploiement de la vaccination

À Toronto, les taux de vaccination moyens entre quartiers sont presque égaux, malgré le fait que le taux d’infection diverge. En l’absence d’immunité collective, un taux de vaccination uniforme dans des populations diversement exposées au virus entraîne des taux d’infection variables. Dans ces conditions, la Covid continuera de se transmettre plus vite dans les quartiers à risque.

Avec l’émergence de nouveaux variants, il est loin d’être assuré que le Canada parviendra à l’immunité collective. Par conséquent, la réduction des disparités en matière d’infection exigerait une meilleure répartition des doses de vaccin et des taux de vaccination plus élevés chez les groupes à risque.

Chez les communautés d’immigrants, il faudrait également mieux comprendre les obstacles à l’accès aux vaccins, dont le temps de déplacement et la barrière de la langue. C’est en s’y attaquant que Toronto pourra réduire les inégalités quant au taux d’infection.

Enfin, les vaccins ne sont pas une solution miracle. Pour ralentir la propagation de la maladie, d’autres mesures doivent accompagner une distribution équitable. Une stratégie diversifiée est la meilleure arme contre les variants et notre meilleure chance de vaincre la pandémie.


Vous avez une question sur les vaccins Covid-19 ? Envoyez-nous un courriel à l’adresse ca‑vaccination@theconversation.com et des experts répondront à vos questions dans les prochains articles.

Kate Choi, Associate Professor, Sociology, Western University et Patrick Denice, Assistant Professor of Sociology, Western University

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.

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