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Une élue veut inscrire le Dr Morgentaler dans la toponymie de Tétraultville

Karine-Boivin-Roy-Ensemble Montreal
La conseillère de ville du district de Louis-Riel, Karine Boivin Roy, Leader de l'opposition officielle. Photo: Courtoisie d'Ensemble Montréal

La conseillère du district Louis-Riel dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve et leader de l’opposition officielle, Karine Boivin-Roy, a déposé une motion lors du conseil d’arrondissement en vue d’honorer la mémoire du Dr Henry Morgentaler, figure historique du droit à l’avortement.

Avec cette motion, Mme Boivin-Roy espère consulter les Montréalais afin de reconnaitre la contribution d’Henry Morgentaler, docteur et militant «qui s’est battu toute sa vie pour le droit des femmes à l’avortement et qui a changé l’histoire».

À propos de sa proposition, Mme Boivin-Roy explique en entrevue avec Métro que la toponymie, «c’est très important, ça a une forte teneur symbolique, cela permet de témoigner de l’implication d’une personne dans une ville». Au sujet d’une proposition qui pourrait être qualifiée de «controversée», Mme Boivin Roy s’explique.

On assume le choix que l’on fait mais, on est conscients qu’il y a des gens qui sont des deux côtés de la clôture, en 2021 on est rendu ailleurs, il ne faut pas céder les droits des femmes.

Karine Boivin-Roy, conseillère de Ville de Mercier-Hochelaga-Maisoneuve et leader de l’opposition officielle

Le Dr Henry Morgentaler est une figure historique du mouvement pour l’avortement au Canada et dans la province. En 2008, le gouvernement du Canada a reconnu la contribution du Dr Morgentaler en le nommant membre de l’Ordre du Canada, la plus haute distinction civique du Canada. Cependant, à ce jour, la toponymie de la Ville de Montréal ne fait aucunement mention d’Henry Morgentaler. Mme Boivin-Roy entend changer cela et inscrire M. Morgantaler dans la toponymie de l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.

Originaire de Pologne, il est arrivé au Québec en 1950, après avoir survécu à l’Holocauste. En 1953, son doctorat en médecine de l’Université de Montréal en poche, Henry Morgentaler est engagé corps et âme pour le droit à l’avortement au Canada.

Je suis prêt à laisser ma peau pour cette lutte parce que je trouve que c’est une lutte pour la justice, pour la dignité des femmes.

Henry Morgentaler, médecin et militant pro-vie

Il a fait rentrer l’arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve dans l’histoire de la lutte pour les droits des femmes à l’avortement en ouvrant, en 1968, la première clinique médicale pratiquant des avortements sécuritaires au Canada sur la rue Honoré-Beaugrand. Cette décision lui a valu de nombreux démêlés avec la justice au cours des années 1970 et 1980.

Dr Morgentaler a marqué l’histoire de l’avortement en 1988. Dans une décision, la Cour suprême du Canada reconnait l’article du code criminel criminalisant l’avortement comme étant inconstitutionnel. L’avortement devient alors un droit. Dr Morgentaler reçoit, tout au long de sa vie, des menaces de mort. Une bombe explose d’ailleurs à sa clinique de Toronto en 1992. Il meurt en 2013 d’une faiblesse cardiaque.

Mme Boivin-Roy espère que la motion qu’elle dépose aujourd’hui et qui sera débattue lors du conseil d’arrondissement à 19h recueillera l’appui des élus de l’arrondissement.

Une proposition appuyée

Les proches et la famille de Dr Morgantaler appuient la proposition de Mme Boivin-Roy d’honorer la mémoire du médecin et militant.

Je suis convaincu que si mon père était encore en vie, il serait heureux et ému par cette proposition de nommer une rue ou un parc dans le voisinage de l’endroit où il a exercé sa médecine pour la première fois.

Abraham Morgentaler, fils d’Henry Morgentaler

Pour Goldie Morgentaler, fille du médecin et professeure à l’Université de Lethbridge, en Alberta, souligne l’importance d’une telle reconnaissance, aujourd’hui en 2021.

Une telle reconnaissance serait encore plus significative compte tenu de la menace constante qui pèse sur l’accès à l’avortement dans de nombreuses régions du monde, notamment aux États-Unis. Mon père lui-même aurait été très ému et heureux de se voir conférer un tel honneur et, surtout, de recevoir cette reconnaissance de la part de sa ville d’adoption, Montréal, la première ville à lui avoir assuré un refuge lorsqu’il était un immigrant apatride.

Goldie Morgentaler, fille du médecin et professeure à l’Université de Lethbridge en Alberta

Odile Loulou, directrice de la clinique Champlain sur la rue Honoré-Beaugrand, avec le Dr Morgentaler à l’époque, se rappelle avoir vu arriver à la clinique des femmes venant des quatre coins du pays pour le consulter. Elle se rappelle aussi, et surtout, du Dr Morgentaler comme «un humaniste, qui a laissé le choix à la femme de décider pour elle-même le choix de faire ce qu’elle veut de son corps».

Métro a appris que la motion a été rejetée lors du conseil.

Avec la collaboration de François Lemieux.

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