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L'affaire des pensions, une tempête dans un verre d'eau

Vous connaissez l’histoire de l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours? C’est une façon imagée de dire que plus on s’éloigne de la source d’une information, plus cette information risque d’être déformée en cours de route.

Prenez cette histoire qui vient de m’arriver. Je reçois par téléphone une requête d’une journaliste qui me demande de commenter le projet fédéral d’abolir les pensions de vieillesse.

Pardon? Quel projet? À ce que je sache, il n’a jamais été question d’éliminer les fameux chèques, plutôt de décaler d’une année ou deux, et pas demain matin, l’âge auquel on pourrait les recevoir. C’est ce que le premier ministre Stephen Harper a lancé comme possibilité lors du Forum de Davos, la semaine dernière. Mais c’est loin, la Suisse… Les rumeurs sont ensuite parties dans tous les sens. Et la seule évocation de ce scénario a déclenché un tel boucan qu’on en est rendu à craindre que la tronçonneuse passe la semaine prochaine.

Du calme.

Ce n’est pas demain la veille que le Programme de la sécurité de la vieillesse, pour l’appeler par son vrai nom, sera modifié. Peut-être vers la fin de la décennie, ou dans 10 ou 15 ans, et encore. De longues discussions sont à prévoir avant toute intervention. Mais qu’on choisisse cette voie ou une autre ne change rien à la question de la démographie vieillissante qui touche l’ensemble des pays industrialisés.

Prenez ce qui nous arrive. La nouvelle est passée quasi inaperçue puisqu’on l’a apprise en plein été, mais elle est lour-de de sens : en juillet dernier, pour la toute première fois de notre histoire, les gens âgés de 65 ans et plus étaient plus nombreux au Québec que les jeunes de 15 ans et moins. Notre démographie a officiellement basculé. La différence est minime, 1 253 600 contre 1 241 700, mais l’écart va aller en s’agrandissant, à moins d’un miracle de natalité et de portes grandes ouvertes à l’immigration. La pyramide des âges est en train de s’inverser.

Vous pouvez vous en rendre compte vous-mêmes : il y a belle lurette que les photos des centenaires ne se retrouvent plus dans les quotidiens. Peut-être encore dans des hebdos de quartier… et de moins en moins souvent. Une nouvelle banale n’est pas une nouvelle. Vivre jusqu’à 100 ans demeure un accomplissement exceptionnel, mais ce n’est plus rare.

Recevoir un chèque de paie à 65 ans, au siècle dernier, c’était en même temps espérer en profiter jusqu’à 75 ans, et encore. Or, l’espérance de vie s’allonge sans cesse. La logique n’est plus la même.

De là à forcer les gens à travailler plus longtemps, il y a une marge, mais on pourrait au moins faciliter la vie de ceux et celles qui se sentent d’attaque et qui veulent continuer. Ce serait déjà une façon d’amoindrir le choc. Sinon, un nombre sans cesse décroissant de gens actifs devra supporter un groupe toujours plus considérable de retraités.

En passant, savez-vous quel est le montant mensuel maximal versé actuellement par le Programme de la sécurité de la vieillesse? Exactement 540,12 $. C’est un apport significatif pour des gens à faibles revenus, mais qui demeure minimal si on souhaite vivre une retraite confortable. De là l’importance de bien planifier la suite des choses pour ne pas dépendre essentiellement du bon vouloir des autorités publiques.
 


Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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