Montréal

Recruter les jeunes enseignants, un enjeu

glasses and books at the classroom table while teacher writing on a blackboard Photo: Métro
Dominique Cambron-Goulet

La pénurie d’enseignants pourrait être en partie expliquée par des jeunes plus sélectifs, rapportent les syndicats.

«On a une génération d’enseignants qui ne veulent pas être attachés à un poste qui mène à la permanence, parce qu’en tant que précaire, il n’y a pas d’obligation de temps plein et ils peuvent être plus sélectifs», indique la vice-présidente de la FAE, Nathalie Morel.

«Les milléniaux ont une façon différente d’aborder le travail, soutient la coordonnatrice du recrutement et du développement des compétences à la CSDM, France Laurent. Ils sont très mobiles, ils ne sont pas aussi attachés aux organisations. Le contexte est différent : ils ont le choix. Il y a beaucoup d’offres.»

Mme Morel émet l’hypothèse que cette sélectivité crée un exode hors des grands centres, où il y a moins de clientèle difficile et plus de services. «Si j’ai le choix d’aller travailler à la CSDM, qui a 250 postes de professionnels non comblés, ou à la Commission scolaire des Affluents, où tous les postes de professionnels sont comblés, [j’irai là où] je sais que je vais avoir plus de services pour mes élèves en difficulté», souligne Mme Morel.

La vice-présidente du Syndicat des enseignants de la région de Laval (SERL), Jennifer Gagnon, dit avoir aussi remarqué cette tendance. «On a observé que les gens vont vers d’autres commissions scolaires que celle de Laval, soit pour être suppléant, soit pour obtenir un contrat», rapporte-t-elle.

«Le recrutement, c’est problématique, surtout au primaire. On ouvre deux nouvelles écoles l’année prochaine, alors la pénurie se fait vraiment sentir. Étant donné l’augmentation de clientèle dans les grandes commissions scolaires de la région métropolitaine, il faut peut-être se demander s’il y a suffisamment de finissants qui sortent des universités.» –Josie-Anne Cloutier-Labelle, conseillère en gestion de personnel à la CSDL

La CSDM convient aussi qu’elle est en compétition avec les autres commissions scolaires de la région. France Laurent souligne que la congestion automobile et les chantiers peuvent décourager des enseignants d’aller travailler à Mont­réal alors que pour d’autres, le milieu urbain, la clientèle diversifiée et la multiplicité des lieux d’emploi peuvent sembler «attrayants».

Mme Laurent insiste sur la nécessité, pour les écoles, d’être des milieux de travail «attrayants». Elle ajoute que des postes doivent être offerts rapidement à une main-d’œuvre encline à se déplacer. La CSDM est sur le point de se doter d’un plan d’action en matière de recrutement pour faciliter l’embauche de personnel, mais aussi le retenir. Des changements devraient être constatés d’ici la prochaine rentrée scolaire.

À la CSSMI, Sylvie Hall dit mener des discussions avec le syndicat des professeurs pour rendre les postes plus attrayants ou pour la génération Y. «Les valeurs de ces jeunes sont bien différentes de celles des générations précédentes, et il faut moduler notre offre de service», assure-t-elle.

La présidente de la CSDM, Catherine Harel-Bourdon, a entamé une démarche similaire en rencontrant tous les dirigeants syndicaux. «Ils font partie de la solution», dit-elle.

Au ministère de l’Éducation, une réflexion a été lancée sur les façons de rendre les écoles plus intéressantes comme lieu de travail, a rapporté l’attachée de presse du ministre de l’Éducation Sébastien Proulx, Marie Deschamps. Le Conseil du trésor a également mis en place un comité interministériel afin que les commissions scolaires puissent recevoir dès le mois d’avril les directives sur l’utilisation des crédits qui leur sont accordés, et non au mois de juin.

Des besoins particuliers
La pénurie de personnel est particulièrement grave dans le secteur de l’adaptation scolaire, souligne Nathalie Morel. «Pour les enseignants orthopédagogues, à la CSDM, à la CSPI et à la CSDL, il y a différentes listes de suppléance et tout est vide», rapporte-t-elle.

Des professionnels, tels que des orthophonistes et des psychologues, sont sollicités aussi par le milieu de la santé, ce qui crée une compétition entre les secteurs publics. Alors que le gouvernement souhaite créer 1 500 postes de spécialistes à la rentrée, la FAE se questionne si cela sera possible quand déjà il y a un manque criant de personnel.

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