Matricule 728: pomme pourrie ou pratiques répandues?
Alors que le SPVM se distance des propos d’une de ses policières, d’autres se demandent si cela n’est pas un reflet d’un problème plus grave.
En début de semaine, la Fraternité des policiers et policières de Montréal déclarait publiquement avoir perdu confiance à l’égard du maire. Mais aujourd’hui, c’est le lien de confiance entre la population et les policiers qui est ébranlé.
L’intervention musclée de Stéfanie Trudeau, matricule 728, le 2 octobre a suscité plusieurs réactions, jeudi. «C’est tellement troublant, ce n’est pas le comportement que l’on veut de nos policiers», a déclaré Michael Applebaum, président du comité exécutif de Montréal.
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«C’est de la violence gratuite […], a ajouté la chef de l’opposition officielle Louise Harel. Elle ne peut pas porter l’uniforme du SPVM présentement […] ce qu’on a entendu était tellement grossier.»
«C’est profondément choquant», croit pour sa part Nicole Filion de la Ligue des droits et libertés. Plusieurs aspects préoccupent Mme Filion à commencer par le sentiment d’impunité de la policière pour qui ce n’est pas le premier écart de conduite.
Mme Filion déplore également le fait que le SPVM ait réagi seulement après que Radio-Canada ait diffusé son reportage, soit plus d’une semaine après les faits. «On peut s’inquiéter de ce qui se passe ailleurs et qu’on ne sait pas», dit-elle.
Les propos tenus par la policière («les gratteux de guitares, c’toute des ostie de carrés rouges là, toute des artistes ostie de, en tous cas des mangeux de marde») laissent croire à la Ligue qu’il existe une pratique systémique de profilage politique au sein du SPVM. «Ce qui laisse entendre ça, c’est aussi le fait qu’elle parle à son superviseur […] et jamais la personne n’interrompt la conversation pour lui dire de cesser de tenir ces propos, explique-t-elle. Elle [la policière] est le reflet d’un problème et il faut des explications.»
Marc Parent, chef du SPVM, a répété jeudi que le profilage social, racial ou politique n’est pas toléré dans son service. Il ajoute que si la policière parlait bien à un superviseur, ce qui reste à confirmer, et qu’il a toléré ce genre de propos, il s’agirait également d’une faute.
Depuis le printemps dernier, la Ligue demande une enquête publique sur le profilage à l’égard des personnes portant le carré rouge. La Ligue demande également depuis déjà longtemps des mécanismes indépendants et civils lors d’enquêtes sur les policiers.
La Fraternité des policiers de Montréal n’a pas souhaité commenter la situation. Par ailleurs, une manifestation contre Stéfanie Trudeau est d’ailleurs prévue vendredi à 21 heures au parc Émilie-Gamelin.
Une tache de plus au dossier
- Mai 2012 : Stéfanie Trudeau a été tenue loin des manifestations étudiantes après avoir exagérément poivré des manifestants.
- 2001 : condamnée en déontologie pour son attitude agressive envers des membres du personnel de l’Hôpital Sainte-Justine et de ne pas avoir préservé la confidentialité sur une plainte de viol sur une mineure au cours de son enquête