Montréal

Changements climatiques: «il y a urgence», soulève la CDPQ

Changements climatiques: «il y a urgence», soulève la CDPQ
Photo: Josie Desmarais/MétroLe Conseil des relations internationnales de Montréal a tenu une conférence avec Martin Coiteux, François Dupuis, Marie-France Paquet et François Bourdon.

La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) presse les autorités publiques et les entreprises d’en faire plus pour faire face aux changements climatiques. Les impacts se font sentir sur l’économie mondiale, estime Martin Coiteux.

«Comme tout ce qui touche à la lutte aux changements climatiques, ça n’avance pas à la vitesse à laquelle ça devrait avancer. On ne fait pas encore ce qui nous permettrait de plafonner les émissions en 2020 ou même en 2030. Il y a urgence», a déclaré jeudi M. Coiteux, ex-ministre libéral devenu économiste en chef de la CDPQ.

Jeudi, ce dernier a pris part à un panel d’experts organisé par le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM) au sujet des tensions commerciales et de la situation économique mondiale. La lutte aux changements climatiques s’est toutefois immiscée dans cette conférence, ce phénomène venant bouleverser l’économie selon la CDPQ.

«Les assureurs le sentent déjà», a soulevé M. Coiteux lors d’un point de presse en marge de l’événement au centre-ville. L’ancien président du Conseil du trésor sous le gouvernement de Philippe Couillard a notamment fait référence à la dernière crue printanière, qui a inondé près de 1000 domiciles au Québec.

En campagne électorale, le Parti libéral du Canada s’est engagé à rendre le pays carboneutre d’ici 2050, notamment en réduisant de moitié le taux d’imposition des entreprises qui développent des technologies sobres en carbone. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, entend pour sa part réduire de 55% les émissions de gaz à effet de serre de la métropole d’ici 2030.

«La solution dépend des gouvernements, elle dépend des investisseurs, elle dépend des entreprises. Elle dépend de tout le monde. Ça devient urgent. C’est déjà urgent.» -Martin Coiteux, économiste en chef de la Caisse de dépôt et placement du Québec

Investissements verts

L’urgence climatique force d’ailleurs les investisseurs à répartir leurs billes de façon plus responsable. La Caisse de dépôt, qui aurait perdu 3 G$ au cours des huit dernières années en raison de ses investissements dans les hydrocarbures, a pris un virage vert.

D’ici l’an prochain, elle entend augmenter de 50% ses investissements sobres en carbone, en plus de réduire de 25% ses émissions de gaz à effet de serre par dollar investi d’ici 2025.

En investissant davantage dans les entreprises qui se spécialisent dans les énergies vertes, les gouvernements peuvent d’ailleurs contribuer à rendre celles-ci plus attrayantes auprès des investisseurs.

«Ça fait en sorte que ça va devenir plus cher d’investir dans le charbon et moins cher dans l’énergie solaire», illustre le chef des placements global chez Fiera Capital, François Bourdon. 

L’économiste en chef d’Affaires mondiales Canada, Marie-France Paquet, a d’ailleurs souligné que la croissance des exportations vers l’Europe de la part des «technologies propres» est beaucoup plus importante depuis quelques années que celle des «marchandises conventionnelles». Signe qu’une transition écologique s’opère dans l’économie mondiale.

Tensions commerciales

Les experts ont aussi fait part de leurs craintes concernant les impacts, au cours des prochains mois, que pourraient avoir le protectionnisme mis de l’avant par l’administration de Donald Trump. Ils ont aussi soulevé les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine.

«C’est négatif en termes de croissance économique pour les États-Unis. C’est négatif pour la Chine et évidemment, plus longtemps perdure le conflit, plus longtemps ça s’envenime au niveau de la croissance», a évoqué Mme Paquet.

Les perspectives de croissance économique mondiale de l’OCDE pour 2020 se limitent d’ailleurs à 2,9%. Selon le Fonds monétaire international, une récession survient lorsque ce taux descend aussi bas que 2,5%.

«On s’y approche», constate le vice-président et économiste en chef du Mouvement Desjardins, François Dupuis.