Montréal
10:01 13 décembre 2019 | mise à jour le: 13 décembre 2019 à 14:45 temps de lecture: 4 minutes

Mile End: des amendes salées imposées aux disquaires suscitent l’indignation

Mile End: des amendes salées imposées aux disquaires suscitent l’indignation
Photo: Dominique Cambron-Goulet/MétroPlus de 500 titres exclusifs sortent lors je la Journée des disquaires indépendants.

Alors que plusieurs disquaires indépendants s’inquiètent pour leur survie dans le Mile End, Québec solidaire (QS) somme le gouvernement Legault d’annuler les lourdes amendes qui leur ont été imposées pour être restés ouverts plus tard que 17h la fin de semaine. Plusieurs commerçants déplorent que cette situation mine actuellement leurs affaires.

«Ça a des conséquences très importantes sur eux, justement parce qu’ils sont indépendants, explique à Métro la députée de Mercier, Ruba Ghazal. Le tiers de leurs revenus sont faits à ce moment-là, pour la plupart. De la même manière qu’on donne des exemptions pour des librairies comme Renaud-Bray, qui vend aussi des disques d’ailleurs, nos disquaires devraient y avoir droit.»

Mercredi, Radio-Canada rapportait que quatre magasins de disques – soit Sonorama, La Rama, Death of Vinyl et Phonopolis – ont été abordés en avril dernier par un inspecteur du ministère de l’Économie et de l’Innovation. Ce dernier leur aurait tous laissé un avis «stipulant qu’ils opéraient en dehors des heures d’ouverture permises par la loi». Des amendes salées, atteignant parfois presque 3000$, leur ont ensuite été envoyées au début décembre.

Soulignant le caractère très injuste de la situation, l’élue estime que le ministère de l’Économie, qui impose les exemptions et les amendes, pourrait facilement changer son fusil d’épaule.

«Ce n’est pas quelque chose de compliqué. Ça peut se faire rapidement. Et ce serait un très beau cadeau de Noël pour nos commerçants indépendants.» -Ruba Ghazal, députée de Mercier

Montréal promet «des solutions»

Interpellée sur la situation, jeudi soir, la Ville de Montréal a promis de «proposer des solutions» à cette problématique dans les prochains mois. «Je suis très sensible à la situation des disquaires», a affirmé la mairesse de Montréal, Valérie Plante. Elle soutient que «les habitudes de consommation changent» et qu’«il faut savoir s’adapter et donner plus de flexibilité aux commerçants».

Vendredi, elle a malgré tout reconnu «ne pas avoir de pouvoir» sur l’imposition d’amendes. «Ce n’est pas quelque chose qu’on peut juste supprimer comme ça. Par contre, j’ai le pouvoir d’examiner le cadre légal. Et je vais le faire dans les prochains mois», a-t-elle dit. La Loi sur la métropole permet effectivement à son administration de décréter les heures d’ouverture des commerces sur son territoire.

«Je ne veux pas trop m’avancer. Pour moi, il n’y a pas un modèle qui s’applique à tout le monde. Ça dépend du type de commerce et du secteur. On peut avancer rapidement, mais il faut le faire intelligemment.» -Valérie Plante, mairesse de Montréal

La Ville, qui dit vouloir prioriser l’équilibre entre les commerçants, leurs besoins d’affaires et la vie de quartier, a mandaté ses services de développement économique de «proposer des solutions au cours des prochains mois». «Les arrondissements ainsi que les SDC [sociétés de développement commercial] et les autres associations de commerçants seront consultés» dans le processus, a ajouté la chef de Projet Montréal.

Des disquaires contre les géants

Ce dossier en va aussi du combat contre les géants du Web, estime Ruba Ghazal. Les disquaires – comme plusieurs autres artisans du milieu culturel – perdent effectivement du terrain chaque année au profit des Amazon, Google et Spotify de ce monde.

«Ces grands joueurs-là ne paient pas beaucoup les artistes, ni de taxes, alors qu’ils engrangent des millions. Nos commerçants indépendants, eux, ont pignon sur rue, embauchent du monde, paient leurs impôts, leur loyer. L’essentiel, ça serait de les soutenir», martèle Mme Ghazal.


Appelé à réagir, le cabinet du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, se fait prudent. «Le gouvernement prend acte des commentaires qui ont été formulés à cet égard et demeure à l’écoute des membres de cette industrie. Si une demande formelle des disquaires lui est soumise, Québec est prêt à analyser la possibilité de revoir les heures d’ouverture de ces commerces», précise à Métro l’attaché de presse du ministre, Mathieu St-Amand.

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