Montréal
11:54 17 février 2020 | mise à jour le: 17 février 2020 à 15:14 temps de lecture: 4 minutes

Logement social: Montréal se donne la priorité d’achat sur 300 terrains

Logement social: Montréal se donne la priorité d’achat sur 300 terrains
Photo: Zacharie Goudreault/ MétroLa mairesse de Montréal, Valérie Plante, en compagnie du responsable de l'habitation à la Ville, Robert Beaudry.

La Ville de Montréal se donne la possibilité d’utiliser son droit de préemption sur 300 terrains situés dans des quartiers centraux de la métropole afin de pouvoir y aménager du logement social. Elle aura ainsi la priorité si les terrains sont mis en vente.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, en a fait l’annonce lundi avant-midi lors d’une conférence de presse à l’hôtel de ville. Elle espère ainsi contrer la pénurie de logements abordables alors que le marché locatif n’a jamais été aussi serré en 15 ans dans le Grand Montréal.

«On le sait, le marché immobilier est en pleine effervescence à Montréal. Il n’y a donc pas beaucoup de terrains et de bâtiments qui sont offerts sur le marché et lorsqu’il y en a, ils s’envolent très vite», a souligné Mme Plante.

Les lots en question sont situés dans plusieurs arrondissements, dont Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, le Sud-Ouest et Verdun. Plus du tiers d’entre eux sont d’ailleurs situés aux abords du futur Campus MIL, à la croisée des  d’Outremont et du quartier Parc-Extension. Un secteur où la pression du marché immobilier «est forte», a rappelé Mme Plante.

«Notre administration est très préoccupée par la pénurie de logements abordables. Donc, ça nous pousse à aller plus loin.» -Valérie Plante, mairesse de Montréal

«Fausser les règles du marché»

La superficie des lots est variable et n’a pas été précisée. Le responsable de l’habitation à la Ville, Robert Beaudry, a toutefois précisé que chacun d’entre eux est suffisamment grand pour pouvoir accueillir au moins une trentaine d’unités de logement social.

La Ville n’a pas encore dévoilé la liste des lots en question. Elle affirme toutefois que les impacts pour les propriétaires de ceux-ci seront mineurs, une position que ne partage pas la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ).

«S’il y a un droit de préemption sur un lot, il y aura moins d’acheteurs potentiels, et moins il y a d’acheteurs potentiels, moins le lot va valoir cher», a évoqué le directeur des affaires publiques à la CORPIQ, Hans Brouillette. Selon lui, cette manière de faire vient «fausser les règles du marché».

Des coûts importants

Le droit de préemption, valide pour 10 ans, fait en sorte qu’au moment de la mise en vente d’un terrain, la Ville dispose de la priorité d’achat sur celui-ci. L’administration municipale dispose de 60 jours après le dépôt d’une première offre par le secteur privé pour confirmer si elle acquiert ou non le terrain.

Si la Ville décide de devenir propriétaire de celui-ci, elle devra débourser l’équivalent de la première offre d’achat pour celui-ci. Autrement, ce lot sera alors accessible aux acheteurs privés.

La capacité financière de la Ville et la valeur des terrains, en forte hausse, viendront bien sûr limiter le nombre de terrains que la Ville pourra acquérir dans les prochaines années.

«Si l’argent n’est pas là, on ne pourra pas développer ces lots-là», soulève à Métro Catherine Lussier, qui est organisatrice communautaire au Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU). À l’instar de la mairesse de Montréal, Mme Lussier presse Québec de fournir plus de fonds aux municipalités afin qu’elles puissent réaliser des unités de logement social.

Depuis que la Ville a obtenu son statut de métropole, en 2017, elle s’est dotée du droit de préemption sur plusieurs secteurs en redéveloppement, notamment celui de Namur-De la Savane et de Lachine-Est.

50 M$

Dans son Plan triennal d’immobilisations 2020-2022, la Ville a prévu 50 M$ pour permettre l’acquisition de terrains destinés à la réalisation de logements sociaux. De cette somme, environ 15 M$ ont déjà été investis pour des terrains situés notamment dans Parc-Extension et Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, a précisé Mme Plante.
«Le [montant de] 35 millions qui reste va facilement être dépensé au cours des prochaines années», a reconnu Mme Plante.

Ce nouvel outil pourrait aider l’administration Plante à réaliser sa promesse d’aménager 12 000 logements sociaux et abordables d’ici la fin de son mandat, en 2021. Jusqu’à maintenant, environ 50% d’entre eux sont en voie de réalisation, indique la Ville.

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