Montréal
08:00 10 avril 2020 | mise à jour le: 10 avril 2020 à 11:11 temps de lecture: 3 minutes

Encourager l’achat local, mais à quel prix ?

Encourager l’achat local, mais à quel prix ?
Photo: Métro Média - Laurent LavoieDes citoyens contribuent à la banque alimentaire du Centre communautaire Bon Courage.

En pleine crise de coronavirus, Québec encourage l’achat local avec «Le Panier Bleu». À Saint-Laurent, des acteurs du milieu économique soulèvent des questionnements tant sanitaires que financiers.

Depuis le début de la pandémie, le directeur général de la société de développement commercial de Décarie, Quartier D, tente de sensibiliser les commerçants de son secteur pour limiter la propagation du virus.

Gil Favreau voit une contradiction dans l’encouragement fait aux citoyens vers les divers marchés locaux, alors que la Direction nationale de la santé publique recommande que seuls les services essentiels soient actifs.

«Il faut toujours des gens pour prendre les commandes, travailler dans le backstore et faire de la livraison», dit-il. Alors qu’on n’a pas atteint la pointe encore de la pandémie, est-ce qu’on est congruent par rapport aux [consignes] de santé?»

Dans le contexte actuel, M. Favreau reconnaît que des entreprises pourraient disparaître, mais rappelle que des vies sont en jeu.

«Jusqu’où on veut aller pour faire comme si c’était business as usual?», indique-t-il.

Le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Saint-Laurent – Mont-Royal (CCSL-MR), Kelvin K. Mo, reconnaît qu’il peut y avoir une contradiction. Il estime toutefois que les initiatives du gouvernement prendront du temps avant d’être en place.

«C’est une stratégie du gouvernement pour préparer la population pour qu’une fois que la situation de la pandémie s’améliore, elle ait une pensée [pour le marché local]», indique-t-il.

Au ministère de la Santé, on rappelle que les commerces qui pourraient rouvrir graduellement devront démontrer qu’ils respectent les règles de distanciation sociale.

Incertitude

Acheter local ne règle pas les problèmes de tout le monde, dit Kelvin K. Mo.

Plusieurs entreprises du parc industriel ont basé leurs services sur l’exportation et l’importation de l’international.

«Ça prend les livraisons d’autres provinces, d’autres pays. Après ça, il faut trouver un commerce de détail qui va acheter et vendre», insiste M. Mo. Dans le moment, «les cargos, la marchandise, n’arrivent pas», ajoute-t-il.

Acheter local, «ce n’est pas une bonne idée en soi», affirme le professeur au département d’économie appliquée à HEC Montréal et expert en finances publiques, Germain Belzile.

«Notre niveau de vie est très élevé parce qu’on est ouvert à des produits qui proviennent de partout, explique le professeur. Si tous les pays se mettent à exporter moins, ils se mettront à importer moins aussi. On va être tout simplement plus pauvres et va avoir des biens de moins bonne qualité.»

Appelé à commenter, le ministère de l’Économie indique que «naturellement, l’achat local peut être plus difficile dans certains secteurs d’activité, mais il importe tout de même de le favoriser, et ce, au bénéfice des producteurs locaux.».

Particulièrement durant la période actuelle, le gouvernement ajoute qu’il encourage les citoyens et les entreprises à s’approvisionner chez des fournisseurs québécois pour mieux soutenir l’économie, en précisant que cela ne va pas pour autant en opposition à l’achat international.

En 2017, le Québec comptait sur plus de 240 000 petites et moyennes entreprises.

10 422

On comptait 10 422 établissements d’exportation au Québec en 2017.

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