La popularité des jeux de hasard et d’argent en ligne a triplé à Montréal
En raison de la pandémie, la participation aux jeux de hasard et d’argent en ligne a triplé chez les adultes à Montréal depuis 2018, ce qui inquiète les autorités. Alors que 4,4% des adultes participaient à ces activités en ligne en 2018, cette proportion est maintenant de 12% affirme la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal. Celle-ci précise dans un rapport publié récemment qu’un joueur en ligne sur cinq présenterait des habitudes de jeu problématiques.
«Le jeu en ligne accroît les risques de conséquences négatives en raison de son accessibilité à tout moment, en tous lieux, de son anonymat, ainsi que par l’absence d’interactions humaines. L’offensive promotionnelle intense des casinos virtuels et des sites de paris sportifs suscite un malaise tant dans la population que dans la communauté scientifique. On s’inquiète d’un effet de normalisation qui engendre un faux sentiment de sécurité», lit-on dans le document.
Dans son rapport, la santé publique précise que les études sur la question soulignent que le risque de normalisation est «bien réel» et touche particulièrement les segments de population les plus vulnérables.
Environ un tiers des joueurs en ligne se serait initiés pendant la pandémie et la participation est plus répandue chez les individus de sexe masculin ainsi que dans les groupes de population défavorisés, constate d’ailleurs la DRSP. Les niveaux de jeu problématiques associés aux machines à sous en ligne (35%) et aux paris sportifs en ligne (32%) seraient particulièrement élevés.
Parmi les joueurs en ligne, l’achat de billets de loterie en ligne serait de loin l’activité la plus populaire (66%). La DRSP de Montréal explique aussi que le tiers des joueurs en ligne achète uniquement des billets de loterie. La participation aux machines à sous se situe à 27%, celle touchant les paris sportifs à 21 %.
Demandes d’aide en baisse
La santé publique souligne en outre que les perturbations d’accès aux sites de jeux de hasard et d’argent physiques tels que ceux qu’on retrouve au casino ou dans les bars coïncident avec une baisse prononcée des demandes d’aide liées aux Jeux de hasard et d’argent à Montréal.
Si 2705 demandes au service Jeu: aide et référence avaient été placées en 2019, seulement 862 l’ont été en 2022.
De son côté, la proportion des demandes d’aide occupée par les Jeux de hasard et d’argent en ligne a bondi en 2020, mais tend actuellement à retrouver son niveau pré-pandémique.
Pistes de solutions
Face à la pratique grandissante des jeux de hasard et d’argent en ligne, la santé publique croit que la prise en compte du niveau de risque posé par certains jeux apparaît incontournable.
Elle recommande d’établir des balises de commercialisation adaptées.
La DRSP propose notamment d’éviter d’encourager les joueurs de loterie à essayer des jeux comportant davantage de risques, de s’abstenir d’offrir des montants d’argent (crédits) lors de l’inscription ainsi que de s’assurer que la communication des risques est efficace et bien comprise.
La mise en place d’un encadrement règlementaire touchant les incitatifs, la publicité et la promotion des jeux de hasard et d’argent en ligne serait également une piste prometteuse à privilégier, selon la DRSP.
Les données ayant servi à la rédaction du rapport de la DRSP de Montréal proviennent du projet ENHJEU.COM, qui a été dirigé par Sylvia Kairouz, titulaire de la Chaire de recherche sur l’étude du jeu à l’Université Concordia, et la base de données montréalaise du Sondage sur les attitudes et les comportements des adultes québécois en temps de pandémie partagé par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).
Des données sur l’évolution des demandes d’aide à Montréal ont également été fournies par l’organisme Jeu: aide et référence.