Montréal
07:00 20 mai 2008 | mise à jour le: 20 mai 2008 à 07:00 temps de lecture: 3 minutes

L'Actuel, clinique modèle

Depuis bientôt 25 ans, la clinique l’Actuel prend soin de ceux qui ont contracté une infection transmise sexuellement (ITS). Métro s’est entretenu avec son président, le Dr Ré­jean Thomas, pour mesurer l’impact qu’a cet établissement de santé singulier sur la métropole.

Qu’est-ce qu’a apporté la clinique l’Actuel à la métropole et au monde médical?
La clinique l’Actuel est un leader mondial de la lutte au sida. Les Russes capotent notre modèle. J’ai des amis à Paris, qui trouvent qu’on a un modèle de prise en charge incroyable d’une clientèle très urbaine à la fois vulnérable, gai, toxicomane et branchée.

Nous sommes 22 médecins qui reçoivent de 800 à 1 000 patients par semaine. Nous avons environ 2 000 patients dont le dossier VIH est actif.

Avant 1984, où est-ce que les personnes atteintes d’une ITS allaient consulter?
Les gens se ramassaient dans les urgences ou parfois dans les cliniques de maladies infectieuses des hôpitaux. C’est la différence avec le modèle de l’Actuel, qui est beaucoup plus communautaire, hors du milieu hospitalier et qui favorise davantage le contact dans la relation patient-médecin. À l’hôpital, on sent parfois qu’on dérange.

Quels étaient les besoins en 1984?
Les gens avaient le goût de parler de leur sexualité, de recevoir de la contraception, de pouvoir se faire diagnostiquer de l’herpès sans se faire traiter comme quelqu’un qui mène une mauvaise vie.

Aujourd’hui, quelle est la perception des ITS?
Les ITS font partie de la vie. Pensons à l’herpès par exemple : de 20 % à 25 % de la population est touchée par cette maladie. Ça fait partie des risques possibles quand on est jeune et qu’on est actif sexuellement.

Quels ont été les résultats de la prévention et des traitements qui s’améliorent en ce qui concerne le sida?
Le bon côté de l’accessibilité au traitement et à la trithérapie, c’est que la mortalité baisse, les patients vieillissent. Main­­tenant, je parle d’hypertension avec mes patients. Je reviens aux préoccupations de la médecine générale. En même temps, le côté un peu triste, c’est qu’il n’y a pas assez de prévention, à mon avis, faite par le gouvernement et la Santé publique au Québec. Il y a trois ou quatre nouvelles infections au VIH par jour au Québec. L’an passé, à l’Actuel, 30 % des nouvelles infections au VIH ont touché des jeunes de moins de 30 ans, et le nombre de pa­tients infectés au VIH augmente de 10 % à 15 % par an. Nos patients n’en meurent plus, ou rarement, mais la relève médicale n’est pas autant là. Imaginez la lourdeur!

Est-ce que les ITS et le sida sont des sujets tabous en 2008?
C’est tabou partout, que ce soit à Moscou chez les toxicomanes, au Zimbabwe chez les femmes enceintes ou à Montréal dans le village gai. C’est un peu déprimant. Je pense que les jeunes gais devraient pouvoir aborder la question du sida alors que c’est très peu abordé.

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