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La possible candidature de Wyclef Jean surprend et suscite l'espoir

MONTRÉAL – L’arrivée imminente du chanteur de hip-hop Wyclef Jean comme
futur candidat à l’élection présidentielle de novembre en Haïti étonne,
surprend et suscite aussi de l’espoir dans la diaspora haïtienne du
Québec.

Wyclef Jean est connu pour son talent artistique, mais sa crédibilité
politique reste encore à établir.

Peu importe, l’ancien hockeyeur Georges Laraque n’hésite pas un seul
instant à lui prédire la victoire s’il officialise comme prévu ses
intentions à l’émission de Larry King, jeudi soir sur CNN.

Dans la communauté haïtienne, les avis sont partagés et les porte-parole
de divers organismes restent prudents.

Ninette Piou, présidente du Conseil national de la communauté haïtienne
du Canada, n’a pas voulu se prononcer sur cette possible candidature.
Une situation qui ne l’empêche pas d’avoir une opinion sur ce que
devrait incarner le prochain leader d’Haïti. Selon elle, il devra savoir
parler au peuple haïtien et voir à l’émergence d’une Haïti nouvelle.

Pierre Emmanuel, responsable de la station CPAM, la radio ethnique de
langue française à Montréal, croit qu’Haïti a besoin de sang neuf et de
nouveaux leaders. Il croit aussi que le pays aura besoin d’un président
solide, capable de remettre le pays sur ses rails. En fait, il est
d’avis que Wyclef Jean bénéficie d’un grand capital de sympathie, mais
qu’il ne pourra réussir seul la reconstruction.

Une tâche colossale attend le prochain président de ce pays qui se
relève encore du séisme du 12 janvier dernier. Dans la capitale de
Port-au-Prince, la population vit toujours sous les tentes, n’arrive
toujours pas à manger et le taux de chômage atteint un seuil sans
précédent.

« Il n’y a pas une priorité en Haïti, mais des priorités. Celui qui sera
élu aura la lourde tâche de la reconstruction, de solidifier les
institutions et aussi de sortir la population de la situation actuelle.
Ce n’est pas de la petite bière », a insisté l’animateur de CPAM.

Tous s’entendent sur les défis qui attendent Haïti alors qu’une course
se dessine.

« Nous avons besoin d’un leader qui construira une Haïti où chacun se
sentira partie prenante de l’avenir. Ce ne sera pas facile et il faudra
la participation de tout le monde puisque désormais ce n’est pas
l’affaire d’un parti politique, mais d’un peuple », a déclaré Mme Piou.

À l’heure du bilan des règnes précédents, force est d’admettre que le
résultat ne fait pas d’envieux. Une situation qui ouvre toute grande la
porte à un candidat peut-être inexpérimenté, mais qui ne saurait faire
pire.

« Wyclef en a déjà fait beaucoup pour pays, peut-être même plus que ceux
qui ont été élus. Je suis certain qu’il va gagner et que ça fera une
grosse différence pour le pays », a dit Georges Laraque, qui pilote
toujours le projet Hockey pour Haïti, dans l’objectif de recueillir 4
millions $ pour la construction d’un hôpital. Jusqu’ici, la moitié de
cette somme a été réunie.

Cette analyse est partagée par Pierre Emmanuel.

« Je crois à la jeunesse, je crois aussi à l’expérience, mais la classe
traditionnelle a échoué et l’émergence d’une nouvelle ne peut faire
moins que ce que la classe précédente a laissé comme piteux spectacle », a
soutenu Pierre Emmanuel, ajoutant qu’il faudrait non pas un, mais
plusieurs Wyclef Jean.

Même si l’ancien membre de la formation des Fugees représente le symbole
d’un nouvel élan,  personne dans la communauté n’a encore véritablement
arrêté son jugement. « Personne ne le connaît comme homme politique et
nous ne connaissons pas ses opinions non plus », a indiqué une autre
membre de la diaspora haïtienne de Montréal, qui a voulu garder
l’anonymat.

« Wyclef Jean aime son pays, mais il reste du domaine de l’énigme. On
connaît l’artiste et sa sensibilité pour Haïti, mais est-ce que ça
suffit? Certainement pas », a conclu Pierre Emmanuel.

Autre élément de surprise, le principal intéressé avait toujours démenti
ses prétentions présidentielles. Les rumeurs qui le portaient à la tête
du pays couraient depuis déjà quelques années. Plus d’un le voyait dans
le rôle d’un supporteur, plutôt qu’un candidat puisque son oncle, un
ambassadeur d’Haïti à Washington, est candidat.

« Raymond Joseph, est le propriétaire du journal Haïti Observateur, et il
veut aussi briguer la présidence. L’arrivée de Wyclef survient un peu
comme un cheveu sur la soupe », a ajouté Pierre Emmanuel.

Wyclef Jean doit mettre fin aux allégations sur les ondes de CNN. Dans
l’opinion publique à Haïti et même à l’extérieur du pays, plusieurs
Haïtiens ont avoué à mots couverts que l’aisance financière du chanteur
représentait aussi un avantage et un gage d’indépendance pécuniaire.

La création de sa fondation Yéle Haïti, laisse également croire qu’il
possède une compassion naturelle envers ses compatriotes.

Tous les candidats désireux d’entrer dans la présidentielle devront se
manifester d’ici le 7 août.

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