La consultation pour Turcot attire les foules… et les critiques
Le gymnase du centre récréatif, culturel et sportif Saint-Zotique a fait salle comble hier soir. Les habitants de l’arrondissement du Sud-Ouest s’étaient déplacés massivement pour dire leur rejet du projet Turcot qu’étaient venus leur présenter trois représentants du ministère des Transports du Québec. Leurs griefs ont tourné principalement autour de trois sujets : les expropriations, l’impact des travaux sur la santé et la qualité de vie et l’absence des représentants politiques hier.
La soirée a débuté avec une manifestation de protestation pour accueillir les trois représentants du MTQ. Les travaux du nouvel échangeur devant commencer cette année et s’achever en 2018, les résidants étaient venus exprimer leur inquiétude de vivre sept années au milieu d’un chantier.
Murs antibruit
Devant quelque 300 personnes, les représentants du ministère ont commencé par exposer les changements contenus dans le plan bonifié présenté par Québec le 9 novembre dernier.
Alain Dubé, directeur du Bureau de projet Turcot au ministère, a montré les améliorations que présente la nouvelle mouture pour protéger la qualité de l’air et atténuer le bruit notamment. «Il y aura plus d’espaces verts et il y aura une amélioration générale de la qualité de l’air, a-t-il affirmé. Il faut noter qu’il y aura également une réduction sonore de 1 à 15 décibels, grâce notamment à l’installation de 8 murs antibruit.» Il a expliqué qu’un système d’arrosage sera mis en place pour altérer les effets de la poussière due aux travaux. Il a également mis en avant les retombées positives attendues en matière de développement urbain notamment au sein du quartier du canal Lachine.
Expropriations
«Ça reste le même mauvais projet amélioré, a asséné d’emblée Thierry St-Cyr, député au fédéral de la circonscription Jeanne-Le Ber, visiblement remonté.
« On n’a pas entendu le projet du 21e siècle ce soir, a lancé pour sa part M. Robertson, résidant de l’arrondissement, il n’y a pas de connexion, pas de plan, pas de vision. Vous préférez protéger des couleuvres brunes plutôt que les habitants du 780 [de la rue St-Rémi, devant être relogés dans le cadre d’une acquisition résidentielle au profit du projet Turcot, NDLR]. Vous pouvez faire mieux, les citoyens du Sud-Ouest le méritent.»
Au chapitre des expropriations, l’assemblée ne peut retenir son mécontentement. Le projet actuel requiert plus d’une centaine de relogements.
«Le MTQ va au-delà de la loi sur les expropriations, a assuré Anne Pelletier, directrice de l’île de Montréal au ministère. Dans ce projet, un Accès-logis Québec sera mis sur pied, c’est-à-dire qu’on va construire des logements dans le secteur et les personnes touchées par les acquisitions seront prioritaires.» Elle a également affirmé la volonté du gouvernement d’ériger des logements de style loft comme c’est le cas au 780. Les avis d’expropriations devraient être lancés «dans les prochaines semaines pour ne pas dire dans les prochains jours», a ajouté M. Dubé.
Consultations publiques
Les questions se sont enchaînées par dizaines, allant de la taille qu’auront les arbres qui devraient être replantés à la largeur des voies de l’autoroute de la Côte Saint-Paul en passant par le chemin qu’emprunteront les autobus qui seront redirigés au moment des travaux ou encore les moyens mis à disposition pour contrôler la qualité de l’air pour la durée des travaux.
Au final, les habitants ont accusé le MTQ de ne pas les écouter et l’absence de représentants politiques, notamment celle du ministre de l’Environnement Pierre Arcand et du ministre des Transports Sam Hamad, a été fortement décriée.
«Ça fait trois ans qu’on exprime nos revendications, ça fait trois ans qu’on dit « non » au projet Turcot, mais vous ne nous écoutez pas, a déploré la coordonnatrice d’un organisme communautaire du quartier Saint-Henri. Alors pourquoi, maintenant que les consultations sont rendues obligatoires par les décrets gouvernementaux, allez-vous plus nous écouter?»
Pourtant, les représentants du MTQ ont promis de revenir consulter les habitants sur des questions touchant au design, aux travaux de reboisement ou encore à l’aménagement des espaces dégagés. M. Dubé a par ailleurs affirmé qu’ils se rendraient dans les écoles proches du futur chantier afin de discuter du projet avec les élèves.