Le français à Montréal: Apocalypse now!
Oh qu’on a eu droit au dimanche des dimanches! Comme ils le disaient l’autre jour sur une station de FM boum-boum, c’était «le top du meilleur».
Faisait beau, faisait chaud et, pour couronner le tout, on a eu droit à une belle grosse vengeance bien dodue des Alouettes contre Hamilton au stade Molson. Une victoire qui a également fermé la trappe aux deux baveux d’en arrière, d’adorables partisans des Tiger-Cats qui ne manquent jamais de nous insulter «subtilement» dans l’autre langue officielle quand on a le malheur de ne pas se tenir au garde-à-vous pour les hymnes nationaux. Du bon monde, quoi…
Tout juste avant la mi-temps, pour éviter de me faire piétiner par l’inévitable troupeau de taureaux assoiffés, je me suis faufilé jusqu’au comptoir à bière :
«Une bière, s’il vous plaît…
– Nine twenn-té-five, m’a répondu la fille avec un accent français gros comme la cuisse.
– Combien?
– Neuf piasses et vingt-cinq.
– Est-ce que vous mélangez souvent comme ça le français et l’anglais?
– Non, c’est juste qu’ici, c’est l’anglais qui me vient en premier.
– Mais vous z’êtes pas francophone, vous?
– Oui, oui, mais ça sort de même…
– Ah…»
Un événement isolé et anodin? Peut-être bien que oui. Peut-être bien que non aussi. On apprenait la semaine dernière que, d’après une étude récente de l’Office québécois de la langue française, les francophones pourraient devenir minoritaires d’ici 20 ans sur l’île de Montréal. Ça m’a rappelé qu’en 1989, dans son documentaire Disparaître, Lise Payette avait prédit que la survie du français serait virtuellement foutue ici dès 2014. À l’époque, les analystes de la chose avaient qualifié cette perspective d’alarmiste, de paranoïaque et d’apocalyptique. En 2011, à la mi-temps d’un match de football par un beau dimanche ensoleillé sur le mont Royal, je me suis dit qu’en effet, Mme Payette s’était trompée. Mais de si peu mes amis. Rien qu’à voir…
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Justement, en revenant du football dimanche, j’écoutais à la radio la description du match de l’Impact faite par Jacques Thériault. Celui-là, quoi qu’il fasse, qu’il me parle en direct du stade Saputo pour le soccer ou de la Roumanie comme l’autre jour pour le combat de Lucian Bute, il m’embarque totalement. Toujours prêt à partager son enthousiasme et sa passion, à mille miles des «smattes» qui veulent toujours nous enfoncer leur savoir divin dans le fond du gorgoton, Thériault donne un très bon spectacle. On l’écoutera encore la prochaine fois.
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Ça vient de sortir : le coffret de la première saison de la télésérie policière 19-2 présentée l’an passé à Radio-Canada. Franchement, je ne me souviens pas d’avoir vu mieux à la télé québécoise. J’ajouterais même sans retenue que c’est de la très grande télé tout court. Achetez-le, empruntez-le, faites ce que vous voulez, mais voyez ça. C’est trop brillant.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.