Montréal à Port-au-Prince: 17 missions en 2011
Une ville réputée ingérable comme Montréal peut-elle aider une ville dévastée comme Port-au-Prince? Michèle Picard, la coordonatrice à la Ville de Montréal du programme de coopération entre les deux villes, croit que oui. «On a des fonctionnaires chevronnés qui ont effectué cette année 17 missions. Les villes ont des compétences particulières en matière d’urbanisme ou de gestion de budgets municipaux que les ONG n’ont pas», répond-elle.
À travers une cinquantaine de missions d’un mois, les 42 fonctionnaires montréalais sélectionnés doivent, de 2011 à 2013, intervenir pour renforcer les institutions de la ville en matière d’administration, de planification urbaine et de gestion de projets.
En avril, c’était au tour de Jean Labrecque, conseiller à la planification budgétaire de se rendre sur place. «Quand ils n’ont pas directement été recrutés par les agences onusiennes, les gens sur place sont très compétents, le problème c’est le manque de moyens», dit-il. Pas facile de gérer les comptes de taxes sur un calepin! Au moment de son passage, la mairie ne comptait qu’une imprimante et un seul photocopieur.
Ses recommandations: mettre en place une base de données et des procédures pour améliorer le taux de perception des taxes et des impôts. En parallèle, une trentaine de fonctionnaires ont été formés sur place dans les domaines de l’informatique, du droit, des ressources humaines et des finances.
Plus tard dans l’année, c’était au tour de Karim Charef, conseiller en aménagement de prendre conscience de l’ampleur de la tâche qui s’annonçait. «Port-au-Prince ne compte aucun service d’urbanisme, la seule carte de la ville est une carte de l’armée canadienne et chacun fait son petit bout de route de son côté», note-t-il alors. Là aussi, il a fallu installer du matériel informatique et récupérer des cartes auprès d’agences onusiennes.
La création d’un plan d’urbanisme n’est toutefois pas encore pour demain, mais cela permet aux élus de mieux comprendre leur territoire. Le savoir-faire montréalais s’est aussi concrétisé dans cinq petits projets de construction de places ou d’installation de lampadaires solaires, pour lesquels des consultations publiques «à la montréalaise» ont été instituées.
«Tout notre travail est fait de façon modeste, conclut Mme Picard. On n’est pas là pour faire dans le coupage de ruban, ni pour faire le travail à la place des Haïtiens, mais pour leur donner les moyens de réussir.»