Nathalie Bondil: un musée sans limites
Depuis que Nathalie Bondil a pris la tête du Musée des beaux-arts de Montréal, en 2007, l’institution connaît une croissance phénoménale. Son secret? Faire en sorte que le musée soit celui de tous les Montréalais. Métro l’a rencontrée chez elle.
Pour vous, c’est quoi un musée en 2013?
C’est un lieu de rencontre de la vie sociale. C’est un lieu où l’on se fait du bien et où l’on arrive à prendre un certain recul dans le zapping de notre existence. Le musée nous permet de renouer avec nos émotions, notre voix intérieure et de mieux dialoguer avec les autres. Au-delà des collections et des œuvres, un musée se doit de servir des valeurs collectives. Le rôle social du musée est confirmé au XXIe siècle.
Est-ce que ce rôle social est bien compris des gouvernements?
Nous gagnerions à affirmer davantage le rôle de la culture et des musées comme vecteurs de sociabilité et de valeurs collectives. Si le musée faisait force de loi dans sa mission, ce serait un plus. On pourrait sensibiliser d’autres ministères, comme ceux de l’Éducation ou de la Famille, alors que, pour le moment, on ne dépend que du ministère de la Culture. Partout dans le monde, les musées connaissent une croissance extraordinaire. Nous sommes dans un siècle où l’image nous envahit. Le musée est le lieu où l’on peut prendre du recul par rapport à l’image. Si on ne prend pas le pouvoir sur l’image, elle prend le pouvoir sur nous.
Que prévoyez-vous dans les années à venir pour continuer d’attirer les foules?
Je n’aime pas trop l’expression «attirer les foules». La culture, ce n’est pas one size fits all. Évidemment, le musée doit trouver une pertinence, sinon c’est un lieu vide qui n’a pas de raison d’être. Le musée répond à des questionnements qui sont différents pour chacun. Dans nos propositions, il faut travailler de manière très précise pour extrapoler tous les langages qui habitent une œuvre. Je cherche des sujets bavards, qui sont très ouverts. On sous-estime souvent l’intelligence et la sensibilité des publics. Il y a un respect à offrir. Quand les publics viennent au musée, ils nous donnent quelque chose de très important : leur temps et leur disponibilité de cerveau et d’esprit. C’est un privilège extraordinaire et c’est à nous d’être attentifs et de proposer des contenus qui soient fouillés.
Le musée accueillera sous peu sa 40 000e œuvre. Savez-vous déjà ce qu’elle sera?
La 40 000e œuvre arrivera au musée au cours de l’automne. Je ne sais pas laquelle ce sera. En 10 ans, nous avons acquis 10 000 œuvres. C’est beaucoup. La 40 000e œuvre, c’est un bon moment pour montrer que 40 000 œuvres en 150 ans d’histoire, dont certaines de très grande importance, c’est remarquable. On n’a pas d’argent public pour acheter des œuvres, contrairement au Musée des beaux-arts d’Ottawa qui reçoit 8 M$ par année du fédéral, donc de nos taxes. Nous ne comptons que sur des fonds privés. Chaque fois qu’on acquiert une œuvre, c’est une victoire.
Les élections municipales approchent. Qu’attendez-vous de la prochaine administration?
Je dirais aux leaders de regarder ce qui se fait en culture où les choses fonctionnent très bien! On travaille bien ensemble. Au-delà de la culture, c’est la création qui nous rassemble. Montréal est une ville créative qui s’exporte et qui fourmille d’idées. Il faut valoriser ça et en être fier. On exporte parce que nos ambitions sont énormes. J’ai toujours été sidérée par la nécessité, ici, d’exporter et de faire connaître. Je dirais aux leaders de ne pas travailler en silos, de ne pas avoir peur, d’être audacieux. Nous sommes tous derrière et nous irons tous dans le même sens.
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Une mission sociale
De janvier à août, le Musée des beaux-arts (MBAM) a accueilli 750 000 personnes, contre 320 000 pendant la même période l’an dernier. Un vif succès pour l’établissement qui compte 75 000 abonnés depuis la semaine dernière, une augmentation de 25 000 en deux ans. Dans les années à venir, la directrice compte poursuivre sur cette lancée et offrir des programmes pour consolider le rôle social du musée.
- Les sept ateliers-studios du mécène Michel de la Chenelière qui offrent des programmes éducatifs connaissent un succès phénoménal. Chaque atelier permet d’accueillir 15 000 élèves par année. Le cinquième pavillon, inauguré d’ici 2017, permettra d’agrandir ces espaces. «On n’a pas encore atteint le seuil, constate Mme Bondil. Ça montre à quel point il y a un besoin. Il faut pousser plus loin et ça, ça passe aussi par le gouvernement.»
- Le MBAM est à mettre en place des programmes avec les universités pour promouvoir l’art québécois et canadien, «parce qu’on ne le connaît pas». Dans quelques semaines seront lancés des contenus qui s’intégreront directement dans les programmes des écoles et qui seront accessibles à tous sur l’internet.
- Les tout-petits sont dans la mire de l’établissement. «Il y a très peu de choses qui sont offertes dans les musées pour les 0-5 ans et leurs parents, car ça demande une logistique très particulière», indique Nathalie Bondil.
- Des programmes d’art-thérapie seront aussi lancés. «De plus en plus, on comprend que l’art fait du bien, souligne Mme Bondil. Ça paraît logique pour quelqu’un qui connaît l’art, mais encore faut-il pouvoir l’expliquer. Dans notre société, on insiste beaucoup pour le savoir faire, mais peu sur le savoir-être.» Le musée souhaite que ses actions soient intégrées directement dans les protocoles de guérison et non seulement ouvrir ses portes aux patients.»