George Stroumboulopoulos: «La clé, c’est d’être humain»
Dans le cadre de son talk-show quotidien des 10 dernières années, auquel il dira bientôt adieu, l’intervieweur étoile de la CBC a vu défiler les plus gros noms dans son célèbre fauteuil rouge. Jusqu’à demain, c’est sur la scène de C2MTL que «Strombo» se pose pour discuter avec les têtes d’affiche du festival montréalais dédié à la créativité et à l’innovation.
Ça vous fait quoi d’être de l’autre côté de l’enregistreuse?
En règle générale, je n’aime pas trop me faire interviewer, mais ça va! Je vois ça comme une conversation entre amis.
Vous dites souvent que vous continuez d’en apprendre tous les jours sur votre métier…
Oui! Chaque minute même.
… qu’espérez-vous apprendre ici?
Je n’en ai aucune idée! (sourire) Je n’ai pas d’attentes. Je suis curieux. Je trouve les idées intéressantes seulement s’il est possible de les exécuter. Alors, ce sera intéressant de voir, dans trois, ou quatre ans, une fois qu’on en aura parlé ici, ce qui est arrivé avec ces concepts, ceux qui auront été concrétisés. Si on ne met pas les idées en pratique, c’est juste des gars et des filles qui parlent. C’est correct, mais ce n’est pas assez. Pas pour moi, en tout cas.
Vous dites parfois que vous gagnez votre vie en étant «professionnellement vous-même».
Oui! C’est assez étrange!
Est-ce le secret d’une bonne entrevue? Être soi?
Je ne sais pas. Je ne sais pas s’il existe un secret. Je pense qu’il y a des techniques. L’écoute est extrêmement importante. La sincérité aussi. En fait, je crois que la clé d’une bonne entrevue, c’est d’être une personne, pas un journaliste. À moins d’interviewer un seigneur de guerre autour d’un événement spécifique de l’actualité. Là, il faut absolument être un journaliste. Mais dans le cadre d’une conversation, je crois qu’il faut être soi. Sinon, on se retrouve pris dans ce qu’on croit que cette job doit être. Parce qu’on s’entend que notre boulot, c’est un peu n’importe quoi, non? On est assis là, on parle à des gens et après, on partage [le fruit de nos discussions] avec ceux qui nous lisent dans le métro ou qui nous regardent à la télé. La meilleure chose à faire, selon moi, c’est de donner l’exemple en étant un être humain au grand cœur.
Avez-vous déterminé un angle spécifique pour les entrevues que vous allez mener dans le cadre de C2?
Non… si ce n’est que dans ce genre d’événement, la participation du public est importante. Mon travail consistera donc à réchauffer l’invité afin de faciliter la conversation. C’est ça, mon angle. Avec [James] Murphy et [James] Cameron, je pense qu’on parlera du fait de transmettre sa vision, de la faire passer de sa tête au papier ou à l’écran. Avec [le directeur exécutif des créations au Cirque du Soleil] Welby Altidor, je ne sais pas encore. J’ai vu des spectacles du Cirque, j’ai interviewé Guy Laliberté, et je l’aime bien. Ça va revenir à la même chose, je crois: à la vision, à l’exécution, à la façon qu’on trouve d’être créatif. Parce que je crois que la plupart des gens le sont, créatifs. C’est juste qu’ils ne visitent pas ces coins de leur cerveau.
Vous, vous les visitez quotidiennement ces coins, non?
C’est là que j’habite! (Rires) Ce qui est à la fois bon et mauvais. Je n’ai pas la mentalité d’un homme d’affaire et je ne veux pas l’avoir. Je ne veux pas mener cette vie. Je veux mener une vie où je peux rire avec mes amis et faire les choses qu’on aime faire ensemble. Ça, c’est la vie que je veux. Et si le public est d’accord, excellent. Sinon, tant pis. Tant pis, tu sais! (Rires)
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La créativité et l’innovation sont au cœur de C2MTL. Est-ce que ce sont des choses que vous ressentez d’emblée lorsque vous arrivez à Montréal?
Comme c’est le cas pour toutes les villes, ça vient par vagues. C’est intéressant: pendant longtemps, Montréal savait exactement ce qu’elle était… mais je ne pense plus que ce soit le cas. À l’inverse, pendant une éternité, Toronto s’est cherchée, et maintenant, elle s’est trouvée. Dans cinq ans, ce sera peut-être différent. Mais Montréal traverse une période bizarre. Du moins du point de vue d’un étranger. Je ne sais pas c’est comment vivre ici, mais récemment, votre ville a tellement été dépeinte sous l’angle politique…! Et y a-t-il quelque chose de moins intéressant que la politique d’une ville?
Moins intéressant, vous trouvez?
Oui, parce que le discours politique est déterminé par quelques personnes. Les quelques personnes qui sont en politique, les quelques personnes qui lisent les journaux… La majorité des gens vont au travail. Rentrent à la maison. Et essayent d’être intéressants et créatifs. Ce ne sont pas eux qui mènent la conversation. Alors, c’est quoi le noyau de Montréal? Il y a 10 ou 7 ans, c’était fascinant de voir ce que faisaient les groupes anglos musicalement et comment ils traversaient les frontières du Canada. Arcade Fire. The Stills. C’était les groupes qui résonnaient autour du monde. Il y a un groupe montréalais qui s’appelle Godspeed You! Black Emperor. Personne ne le connait…
Quand même! (sourire)
Bref, pendant la majorité de ma vie adulte, ce groupe, pour moi, a été Montréal. Montréal c’est Godspeed. Dernièrement, on parle trop du Québec du point de vue politique. Et du débat linguistique. Ça, ce n’est pas ma bataille. C’est la vôtre. Ma bataille, c’est de trouver les gens captivants et de transmettre leur message. Mais Montréal change, man… J’habite à L.A. pendant une partie de l’année et tous mes amis là-bas sont Montréalais. Le Montréal qu’ils ont connu n’est plus le Montréal qui existe. Du tout. Mais c’est comme ça pour toutes les villes. Pour Toronto aussi, non? Reste que je crois que Montréal n’a pas encore trouvé sa voix. C’est pour ça que cette conférence est vraiment cool. La plupart des villes regardent vers l’intérieur. Mais c’est le temps de se tourner vers l’extérieur.