Montréal

SAT: le numérique au-delà de la simple projection

Photo: Vincent Fortier/Métro

Nous sommes habitués à y danser, à y casser la croûte au Labo culinaire ou à nous émerveiller dans son dôme, mais la Société des arts technologiques (SAT) est d’abord un lieu de création. S’arrêter au deuxième étage, c’est rencontrer une bande de geeks qui souhaitent mettre le numérique au cœur de nos vies. Voici quatre exemples.

Aider les enfants malades
1 grands brulés (SAT)
Depuis quatre ans, la SAT collabore avec le CHU Sainte-Justine grâce au projet de Living lab – la SAT s’adapte à l’environnement de l’hôpital plutôt que de travailler seulement dans ses murs. Les arts technologiques ont depuis servi à favoriser la communication d’enfants autistes et à prévenir des traumas à la maison. Le co-directeur de la recherche Patrick Dubé et la chargée de projet Claire Paillon parlent avec passion des projets pilotes en orthophonie, en psychiatrie et en réadaptation sur lesquels ils planchent. Le Living lab réfléchit aussi à une façon d’apaiser les souffrances des enfants grands brûlés. Autour du bain où ils reçoivent des soins, la SAT a imaginé un écran sur lequel sont projetées des images rappelant le froid (bonshommes de neige, icebergs, etc.). «L’idée est de distraire, mais aussi de pouvoir jouer avec les illusions cognitives, explique M. Dubé. On se rend compte qu’on peut avoir une emprise sur la douleur.»

Se téléporter… virtuellement
2 téléportation virtuelle (Vincent Fortier)
Dans le Métalab – le hub de recherche de la SAT –, une dizaine de personnes travaillent à l’ordinateur. Il y a 20 ans, quand la SAT a été fondée, faire travailler des artistes avec des chercheurs et des professeurs d’université était nouveau, souligne le directeur du département, Luc Courchesne. Depuis 2002, le Métalab peut compter sur des fonds de recherche. «Nous voulons amener la recherche dans le vrai monde, dit M. Courchesne. C’est plus simple de montrer que d’expliquer.» Le logiciel libre Scenic, créé à la SAT, permet de relier des salles de spectacle entre elles pour que des scénographes collaborent ou qu’un artiste offre une prestation à plusieurs publics à la fois. À terme, l’idée est de permettre le travail à distance, dans un environnement choisi. «Skype permet de communiquer, mais vous montre dans le lieu où vous êtes. Avec la téléportation virtuelle, des architectes pourraient se retrouver ensemble autour de la maquette d’un bâtiment et des ingénieurs pourraient travailler ensemble autour d’un prototype de moteur d’avion.»

Voir le monde différemment
3 yellowknife SAT (Crédit Bruno Colpron)
Le photographe immersif Bruno Colpron et le chef vidéo Dominic St-Amant reviennent de Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest, où ils ont capté des images d’aurores boréales pour le spectacle Résonances boréales, qui est présenté dans la Satosphère jusqu’au 4 mars. Afin de livrer ce projet, qu’ils décrivent comme l’un des plus exigeants depuis qu’ils sont à la SAT, ils n’ont pas beaucoup dormi. Ici, l’équipe fait souvent tout de A à Z. Pour présenter le mouvement des aurores dans le dôme, ils ont dû inventer un engin composé de cinq appareils photo capables de fonctionner durant des heures sans électricité et trouver une façon d’emmagasiner les 11 téraoctets de matériel qu’ils ont ramenés. Au rythme des notes du pianiste Roman Zavada, ils projetteront 30 images à la seconde dans la Satosphère.

Raconter une histoire
4 satosphère (Vincent Fortier)
Dans la Satosphère, des lignes brisées colorées sont projetées sur les parois alors qu’on entend la voix grave de l’artiste et chanteur français Arthur H. Les artistes en résidence Léonore et Maxence Mercier testent pour une des premières fois leurs créations pour le spectacle Le cauchemar merveilleux, qui sera présenté à la SAT en avril. C’est magique d’être ici, lancent les créateurs, tout juste débarqués de France. «La Satosphère nous permet de créer tout ce que nous pouvons imaginer sur le plan visuel», souligne Maxence. «Le pari de l’immersion est intéressant, ajoute Léonore. Créer un véritable lien entre l’image et le son, c’est puissant. Ça permet une écoute complètement différente.»

«Une vision transversale»

À la SAT, on passe du divertissement à la science, explique la fondatrice, présidente et directrice artistique de l’établissement Monique Savoie, qui décrit l’endroit comme un incubateur de talents.

A-t-on compris, au Québec, que les arts technologiques peuvent servir à autre chose que des projections artistiques?
C’est assez nouveau de voir que des artistes et des ingénieurs peuvent travailler ensemble pour trouver des applications dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la sécurité civile… Le numérique nous offre un terrain de jeu ouvert et permet à différents secteurs de travailler ensemble.

On avait souvent tendance à travailler en silo…
Il faut arrêter de travailler par segment qu’on additionne et avoir une vision transversale.

Comment le numérique entre à l’hôpital?
Dr Brunet nous a invité, il y a quelques années, à nous installer à Sainte-Justine pendant six mois. Il nous a demandé de noter ce qu’eux ne voyaient plus, d’imaginer l’hôpital du 21e siècle. Nous avons proposé un catalogue de 44 projets sur le bégaiement, l’empathie, la prévention, la psychologie, par exemple. Nous partageons nos expertises de recherche.

De l’importance de travailler ensemble

À la SAT, on passe du divertissement à la science, explique la fondatrice, présidente et directrice artistique de l’établissement, Monique Savoie, qui décrit l’endroit comme un incubateur de talents. Nous avons discuté avec elle de la place du numérique dans nos vies.

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