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Montréal-Nord: des «débordements» craints, une enquête indépendante réclamée

Montréal-Nord: des «débordements» craints, une enquête indépendante réclamée
Photo: Félix O.J. Fournier/Métro Média

À peine 24heures après le décès de Jean-Pierre Bony, touché par une balle de plastique lors d’une intervention policière, plusieurs organismes, élus ou représentants de Montréal-Nord disent craindre d’éventuels «débordements».

«J’espère qu’il n’y aura pas d’émeutes, mais je sais qu’il y a de la colère», a avoué Kerlande Mibel, candidate de Projet Montréal pour la prochaine élection au poste de maire de Montréal-Nord le 24 avril, lors d’un point de presse de sa formation politique mardi.

Si Luc Ferrandez, chef intérimaire de l’opposition, ne «critique pas la justification de cette intervention policière», il réclame néanmoins une «enquête indépendante» pour déterminer les causes exactes du décès de Jean-Pierre Bony.

«Pourquoi tirer sur la tête de quelqu’un qui fuyait ?»
Présent au 6330 rue Arthur-Chevrier dans un appartement résidentiel visé par les forces de l’ordre lors d’une opération anti-drogue menée le 31 mars, l’individu de 46 ans, d’origine haïtienne, a tenté de s’enfuir par la fenêtre après l’irruption du Groupe tactique d’intervention (GTI) dans l’immeuble.

Il a ensuite été touché à la tête par une balle de plastique tirée avec une arme de calibre intermédiaire par un policier du Service de police de la ville de Montréal (SPVM).

«Combien de morts faut-il pour que la cohésion sociale soit une priorité à Montréal-Nord ? Une vie de perdue, c’est déjà une vie de trop, clame Kerlande Mibel. La question n’est pas de savoir si la victime est un ange, mais était-ce la seule et unique façon d’arrêter quelqu’un ? Pourquoi tirer sur la tête de quelqu’un qui fuyait ?

On a déjà connu une situation difficile dans ce quartier, mais on n’a rien fait. C’est typique de l’administration actuelle. La main sur le cœur, on dit que c’est important, mais lorsqu’il s’agit d’agir, on ne le fait pas»
Luc Ferrandez, chef intérimaire de Projet Montréal

«Bavure»
Pour Alexandre Popovic, porte-parole de la Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP), il s’agit «clairement d’une bavure».

«L’utilisation de cette force était excessive et injustifiée. Cette conduite ne mérite pas une simple tapette à mouche de la déontologie policière. Ce policier ne devrait pas continuer ce métier», tranche M. Popovic.

«Un grand drame»
Fondateur et porte-parole de Montréal-Nord Republik, Will Prosper abonde dans le même sens. S’il s’interroge sur la faible saisie des forces de l’ordre (237 grammes de marijuana) «que même Trudeau vise à légaliser», cet ancien policier ne comprend pas le déroulement de cette opération.

«J’ai par le passé déjà participé à de telles opérations et tout est toujours planifié à l’avance. Comment justifier ce tir sur quelqu’un qui s’enfuit ? Où est la menace ? C’est un grand drame. Même si la victime était un chef de la mafia, un tel agissement n’était pas mérité. C’est incompréhensible».

«Une mort choquante»
Directeur du Café jeunesse multiculturel, l’un des nombreux organismes communautaires de l’arrondissement, Williamson Lamarre craint «que la situation ne dégénère».

«Cette mort est choquante», explique celui qui sera présent mercredi soir devant le parc Henri-Bourassa lors d’une manifestation organisée par plusieurs groupes dénonçant une «brutalité policière».

«Cette marche est justifiée et j’espère que l’on évitera les débordements. Une vie humaine ne mérite pas un tel drame. On n’enlève pas une vie pour attraper quelqu’un. Depuis quelques années et la mort de Fredy Villanueva, on a tenté d’atténuer la fracture entre la population et les policiers. Malheureusement, la situation revient comme elle l’était avant».

Proche de la famille Villanueva, Will Prosper reste dubitatif. «Sept ans après la mort de Fredy, comment en arrive-t-on encore là ? La police va à nouveau enquêter sur la police. Y aura-t-il de la transparence ? J’en doute».

Contactés par TC Media afin de réagir à cette situation, Emmanuel Dubourg, député de Bourassa, ainsi que Denis Coderre, maire de la Ville et député du même comté de 1997 à 2013, n’ont pour l’instant pas donné suite à nos demandes.