TLMEP: «Il faut un après 29-janvier»
S’assurer qu’un drame comme celui du 29 janvier à Québec ne se reproduise jamais – voilà le message qu’ont lancé la plupart des intervenants venus parler de l’attentat de Québec, dimanche à Tout le monde en parle.
«Il faut un après-29 janvier, a soutenu le responsable de la mosquée de la capitale et survivant de l’attentat Mohamed el-Hafid. Il faut miser sur la sensibilisation, sur le vivre-ensemble, sur l’acceptation de l’autre, c’est ça notre sécurité permanente.» Il dit qu’avant, malgré toutes les activités et les efforts de vivre-ensemble, «la tension était palpable». «L’intégration, ça passe par le travail. C’est pas normal qu’il y ait 26% de chômage chez les Maghrébins qui parlent français et qui ont au minimum un DEC», a-t-il ajouté.
Mohamed Labidi, vice-président du Centre culturel islamique de Québec, où a eu lieu l’attentat, juge aussi que c’est un enjeu crucial. «J’ai fait trois post-doctorats et je ne travaille pas dans mon domaine, parce que mon nom c’est Mohamed», a-t-il illustré, ajoutant qu’il a parfois l’impression d’être vu comme un extrémiste religieux. «Chaque fois qu’il y a un attentat, les gens me regardent comme si j’étais un terroriste qui marche dans la rue», a-t-il relaté.
Malgré tout, celui-ci dit être ému de la solidarité des Québécois dans la dernière semaine. «J’ai retrouvé le Québec des années 1990, des gens chaleureux, qui cherchent l’autre, qui sont ouverts», a-t-il mentionné.
Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, également présent sur le plateau, a aussi insisté plusieurs fois sur le fait que les Québécois ne sont pas xénophobes. «C’est pas vrai qu’on est un peuple qui exclut», a-t-il dit, citant en exemple l’accueil réservé aux réfugiés syriens.
Toutefois, il croit qu’il faut arrêter d’être passif face à l’intolérance. «Ce qui me préoccupe, c’est une sorte d’acceptation du phénomène, où des gens disent: “Moi je suis raciste.” Ça, c’est inacceptable», a-t-il jugé.
M. Couillard a demandé aux citoyens de réagir s’ils voyaient des messages haineux sur Facebook et y est lui-même allé d’un avertissement. «Les gens qui envoient des conneries sur les réseaux sociaux sont surveillés. Si vous n’arrêtez pas, vous allez avoir un casier judiciaire toute votre vie», a-t-il prévenu, ajoutant que les groupes d’extrême droite et islamophobes sont bien connus des forces policières.
Un sang-froid incroyable
M. el-Hafid a dit que les radios de Québec avaient joué un rôle dans ce drame, notamment en banalisant les actes haineux, comme la tête de porc qui avait été laissée devant le Centre culturel islamique de Québec en juin dernier. «Ce que vous faites est dangereux», a-t-il rappelé.
Par contre, Mohamed el-Hafid dit ne pas savoir si le geste d’Alexandre Bissonnette était motivé par ces discours. «C’était d’une froideur incroyable, a-t-il raconté, témoin lui-même de cette horrible scène. Il a vidé son chargeur, il a rechargé et achevé les blessés avec sang-froid. C’est sûr qu’il a été radicalisé. Avec un probable déséquilibre mental, vous avez la recette pour un terroriste.»
Mohamed el-Hafid a raconté avec beaucoup d’émotion son expérience. «On parlait du match de football du Maroc contre l’Égypte à la Coupe d’Afrique des Nations quand on a entendu un son très fort dans la vitre. Le temps qu’on se demande ce qu’il se passait, les balles arrivaient de partout. J’ai un blackout total de la suite.»
M. Labidi a pour sa part raconté avoir rencontré le tueur devant la mosquée quelques jours avant l’attentat. «Il parlait aux gens et il demandait de l’argent à la sortie de la mosquée. Il m’a accompagné sur une vingtaine de mètres. Il avait l’air drogué. Je ne voulais pas accentuer son mal, donc je ne lui ai rien donné. Aujourd’hui, j’ai des remords. Si j’avais pu tout donner pour l’empêcher de faire ce qu’il a fait, je l’aurais fait.»