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Six enfants autistes dans une classe sans fenêtre

Photo: Andrew Clark/TC Media
Patricia Blackburn - TC Media

Depuis septembre, six enfants autistes passent leurs journées dans une classe sans fenêtre de l’école primaire Saint-René, à Mercier. Leurs parents, furieux, réclament des changements. Mais la Commission scolaire, aux prises avec un manque d’espace, juge le local adéquat pour l’apprentissage.

Nicolas, huit ans, fait partie du groupe attitré à ce local. Sa mère, Johanne Ponton, ne comprend pas comment une telle décision a pu être prise par la direction de l’école.  «Ces enfants vont finir par détester l’école, dit-elle avec émotion. C’est comme profiter de ceux qui ne peuvent pas se défendre». Certains de ces enfants, dont la plupart s’expriment difficilement, seraient devenus plus agressifs depuis le début de l’année scolaire. D’autres auraient développé des troubles du sommeil qu’ils n’avaient pas avant, ou la manie d’ouvrir frénétiquement toutes les lumières lorsqu’ils entrent à la maison, rapportent les parents. Ces derniers ont revendiqué un changement de classe en se tournant vers la direction de l’école, la Commission scolaire, puis le Protecteur de l’élève. Mes ces instances ont conclu à tour de rôle que le local était adéquat à l’apprentissage des enfants.

«Dans la classe, on dirait toujours qu’il est 11h du soir.» – Johanne Ponton, mère de Nicholas

Pas de changement possible
Faute d’espace, la Commission scolaire n’a pas l’intention de changer ces enfants de local d’ici la fin de l’année en cours. «Notre rôle en est un d’éducation, et le personnel et les responsables d’éducation ont déterminé que les enfants étaient dans de bonnes conditions d’apprentissage dans ce local», a répété, en entrevue à TC Media, Marie-Louise Kerneïs, présidente de la commission scolaire des Grandes-Seigneuries.

Celle-ci a par ailleurs indiqué qu’il y aurait une rotation des enfants en septembre afin que ceux qui se trouvent actuellement dans la classe sans fenêtre puissent profiter d’un  local avec fenêtres. Ceci, dans l’éventualité où cette quatrième classe spécialisée sera encore nécessaire, «puisque les besoins fluctuent d’une année à l’autre», spécifie-t-elle.

Dernier recours
Les parents, de leur côté, se sont tournés en désespoir de cause vers l’Office de protection des personnes handicapées (OPHQ). Aux dernières nouvelles, l’Office prévoyait déposer une plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.

Des experts confirment la thèse des parents
Même si deux experts ont confirmé la thèse des parents, c’est-à-dire que le manque de lumière naturelle pouvait avoir des effets négatifs sur les enfants, la commission scolaire des Grandes-Seigneuries maintient sa position et ne compte pas changer les élèves de classe. «On ne va pas se lancer dans une bataille d’experts» a répondu la directrice de la Commission scolaire, Marie-Louise Kerneïs, en référence au reportage diffusé par Radio-Canada le 16 février. Deux experts y étaient questionnés sur cette classe sans fenêtre à l’école Saint-René, dont un psychiatre de l’institut Douglas, le Dr Hani Iskandar. Celui-ci a énuméré les effets que pouvait avoir ce manque de luminosité sur n’importe quel enfant, autiste ou pas. Irritabilité, comportement difficile, phase du sommeil perturbé, baisse du niveau de mélatonine en sont quelques-uns.

Il a également évoqué une étude suédoise qui démontre un lien possible entre le manque de luminosité et l’autisme.

Solution
Dans l’éventualité où l’école n’est pas en mesure de trouver une autre classe pour ces six enfants, le psychiatre recommande de les faire sortir au moins une demi-heure deux fois par jour lors des récréations. Et de les faire sortir dehors le plus souvent possible avant et après l’école afin que leur niveau de mélatonine augmente.

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