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09:22 5 mars 2018 | mise à jour le: 5 mars 2018 à 09:22 temps de lecture: 5 minutes

«Les overdoses sont la pointe de l’iceberg» de la crise des opioïdes

«Les overdoses sont la pointe de l’iceberg» de la crise des opioïdes
Photo: Mario Beauregard

Alors que la crise du fentanyl fait sentir ses effets partout au pays, les premières lignes directrices nationales sur le traitement de la dépendance aux opioïdes sont dévoilées aujourd’hui dans le Canadian Medical Association Journal. Ce guide de pratique clinique, publié par l’Initiative canadienne de recherche sur l’abus de substances (ICRAS), se veut un outil pour aider les professionnels de la santé à choisir des options thérapeutiques. Métro s’est entretenu avec un des auteurs, la Dre Julie Bruneau, directrice du pôle Québec-Maritimes de l’ICRAS et chercheuse au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

Quel est l’objectif de la publication de ces lignes directrices?
Même si on traverse une véritable crise partout au Canada, les traitements disponibles pour les personnes qui ont des troubles liés aux opioïdes sont très morcelés et inégaux d’une région à l’autre. Les lignes directives sont un outil pour les cliniciens afin de les aider à évaluer la meilleure option possible pour le patient, compte tenu de l’endroit où il est rendu dans sa trajectoire. Il s’agit également d’une base scientifique qui va permettre aux diverses autorités provinciales, responsables de la prestation des soins de santé, d’avoir les données probantes pour mettre sur pied leur programme de soins.

Quelles sont vos principales recommandations?
On recommande d’abord d’amorcer les traitements avec la buprénorphine-naloxone [NDLR : à ne pas confondre avec la naloxone, un antidote utilisé en cas de surdose] plutôt qu’avec la méthadone. Elle est plus sécuritaire et plus facile à administrer. La méthadone est un produit très contrôlé. Une seule dose peut être létale pour un enfant, alors que la buprénorphine n’a pas cet effet. On recommande tout de même une certaine flexibilité. C’est important que les lignes directrices tiennent compte des valeurs et des préférences des patients et des soignants. Si on est trop rigide et qu’on donne un traitement uniforme, ça ne fonctionnera pas.

On déconseille aussi le sevrage rapide. Les études montrent que les rechutes sont très nombreuses après coup. Et lors de ces rechutes, il y a plus de risques de surdose et de comportements qui mènent au VIH ou à l’hépatite C. Ce n’est pas parce qu’une personne arrête rapidement qu’elle ira bien par la suite.

Finalement, les traitements psychosociaux ont leur place, on devrait toujours les offrir, mais ça ne doit pas être une condition à la prescription de médicaments. Le médicament a un effet bénéfique, même s’il n’y a pas de traitement psychosocial associé.

«Les mesures efficaces sont connues et étudiées depuis longtemps. Malheureusement­, il faut parfois attendre une grosse crise comme celle qu’on vit en ce moment pour qu’elles soient appliquées.» – La Dre Julie Bruneau, médecin au service de médecine des toxicomanies du CHU

Dans quelle mesure cela s’inscrit-il dans une lutte plus vaste contre les opioïdes?
Les overdoses, les morts reliées au fentanyl, sont la pointe de l’iceberg. Ça fait très longtemps que ce problème existe, au Québec comme au Canada. Il faut avoir une approche plus vaste pour comprendre pourquoi ces personnes meurent. Ce n’est pas seulement parce que le fentanyl est apparu dans nos rues. C’est aussi parce que les toxicomanes n’ont pas accès à des soins rapides ni à des services pour les troubles associés à leur dépendance, comme la santé mentale ou l’hépatite C. Ces personnes sont souvent stigmatisées par notre système de santé. Elles ont elles-mêmes des craintes envers le système tout en devant faire face à de la méfiance de la part du personnel et à un manque de formation des médecins et des infirmières.

Quelle est la situation au Québec par rapport aux autres provinces?
Le Québec est en bonne position. Il y a une bonne compréhension de la situation, à la fois au ministère de la Santé et dans les directions de la santé publique. Évidemment, la situation n’est pas identique partout au Québec. À Montréal, au centre-ville, la Direction de la santé publique était davantage en mesure de réagir rapidement. Des centres d’injection supervisée ont également ouvert en même temps que le déclenchement de la crise. Même s’ils étaient dans les plans depuis 10 ans, ils aident aussi à gérer la crise.

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