Ce que les politiciens ne disent pas dans les débats
Les débats sont terminés, mais leurs effets se feront sentir encore pendant 15 jours dans votre cerveau. Avec le temps, ce ne se sont pas tant les mots qui marquent les esprits que le langage du corps.
Philippe Turchet, synergologue, a regardé de près les débats des chefs de cette semaine. Son premier constat est que les interventions de Jean Charest et François Legault à l’égard de Pauline Marois ont été particulièrement agressives. «Je me demande si ce n’est pas de l’ordre du stéréotype culturel», dit le spécialiste du langage corporel. Ils l’ont amenée jusqu’à un point où elle ne pouvait aller plus haut sinon elle passait pour une hystérique.»
Dans la deuxième moitié du débat opposant Mme Marois et M. Legault, le ton a changé et leur gestuelle s’en est ressentie. M. Legault s’est mis à parler de la main droite, à faire des mouvements de bouche d’énervement et à parler plus fort, explique l’expert.
En réaction, le bas de sa bouche de Mme Marois s’est crispé, mais elle est parvenue à maintenir un visage serein.
Quant à Jean Charest, particulièrement face à Mme Marois, ses yeux et sa bouche traduisaient la colère alors que son nez laissait voir une pointe d’écoeurantite. «Mais sa force, c’est d’être agressif à un moment et à la minute suivante, il est détendu et sympathique avec les journalistes. Il est capable d’endosser un autre costume selon les situations», indique l’auteur du livre Le langage universel du corps.
Et même si le téléspectateur n’est pas conscient de tous ces détails, reste que dans les semaines qui suivent, les mots s’effacent dans la mémoire pour laisser place aux images corporelles. «Le langage non verbal fait son travail à plus long terme», indique M. Turchet. Que retiendront les gens? Tout dépend de leur préférence politique. «On sait maintenant que, même si on reçoit la même information, selon nos opinions politiques, on ne la traite pas par les mêmes zones du cerveau», précise-t-il.
Le même argument n’est donc pas écouté de la même façon par tout le monde. Certains retiendront un M. Legault fort, d’autres un homme agressif.
Les perdants dans l’histoire sont les indécis. «Ils sont perturbés et trouvent que ça crie beaucoup et ça ne fait pas leur affaire, car ils aimeraient entendre plus d’argumentaire, ajoute le synergologue.